mardi 6 mars 2007
Pain Of Salvation à l'Elysée-Montmartre
Les rockeurs ne sont plus ce qu'ils étaient. Aussi les trois-quarts du public réuni samedi dernier à l'Elysée-Montmartre pour le passage de Pain Of Salvation ont-ils copieusement applaudi à l'injonction, lancée (en anglais) par une voix d'hôtesse d'accueil, de ne pas fumer
dans la salle. J'avoue en être resté baba, avant de me ressaisir et d'en allumer une fissa. Non seulement le rockeur n'est plus le rebelle d'antan et a remplacé les tiags par les mocassins, mais il est sage et obéissant. Qu'obligation légale soit désormais faite à la direction de l'Elysée-Montmartre de prendre soin de notre santé est une chose, que le public applaudisse à l'ordre moral (qu'il soit royaliste ou nicolien) en est une autre. Enfin faisons taire notre agacement : l'affaire semble consommée. Et durablement, avec ça.
Groupe à part dans la galaxie metal, Pain Of Salvation en est aussi un des plus beaux fleurons. Foin de clichés pour ces musiciens exigeants, ouverts et inspirés. Soudés autour du charismatique et très talentueux Daniel Gildenlöw, le groupe renouvelle à la fois le genre et sa propre discographie à chaque nouvel album, puisant aussi bien dans la grande époque floydienne que dans le folklore, le jazz, le black metal, ou des musiques que l'on qualifiera par défaut de plus industrielles. Un tel patchwork ne suffirait toutefois pas à ancrer un style. Ce qui fait le lien, mais le mot est peut-être par trop imprécis ou vaste, c'est la mélancolie, tout à la fois rageuse et résignée. Textes et musiques s'allient pour déployer une vision assez désespérée du monde et des rapports humains, sans rémission possible, articulée autour de la difficulté des hommes à se comprendre eux-mêmes ou à communiquer entre eux. Les éclaircies sont rares, le plus souvent joueuses ou ironiques - le fameux Disco Queen. Ce qu'on aime chez Pain Of Salvation, outre la qualité des compositions toujours très élaborées, c'est sans doute que chaque morceau, texte et musique, cherche à disséquer ce que nous avons en nous de plus intime : le malaise existentiel. D'où cette douceur empreinte de tristesse sur le très beau Undertow, qui contient sa violence jusqu'à la fin, la colère qui pointe ne pouvant complètement exploser. D'où, aussi, ces moments plus brutaux, plus lourds, mais qui n'ont de sens que dans le surplomb de l'angoisse, et parce que revient toujours le temps de l'introspection. Ce double tropisme est à ce point patent que le groupe n'a pas hésité à entamer son rappel par une reprise, à tout le moins inattendue, du très beau Hallelujah de Leonard Cohen - que Jeff Buckley avait également repris avec le succès que l'on sait. On aurait pu craindre que la chanson soit peu à peu tirée vers quelque chose d'un peu heavy, plus prévisible. Or les musiciens ne sont pas tombés dans le piège et ont su restituer l'émotion originelle, conservant à la chanson son dépouillement premier, et maintenant ce que la prière, ou la plainte, peut avoir d'authentique.
Maintenant, nous sommes bien dans un concert de rock : ce que la musique de Pain Of Salvation a d'émouvant, voire de poignant, lorsqu'on l'écoute chez soi (comme nous pouvions écouter un vieux Pink Floyd, c'est-à-dire en installant une atmosphère un peu sombre
et méditative, encens et bougies compris) cède la place, en concert, à l'énergie. Et la grande modestie de la mise en scène (pour ainsi dire inexistante) conjuguée à un son d'une grande clarté, n'enlève rien au fait que le rock, c'est aussi une énergie brute et physique. Il n'y a rien de contemplatif ou de planant dans la musique de Pain Of Salvation, et les moments de douceur ou de retrait sont aussi des moments de grande puissance : simplement est-elle maintenue dans sa gangue d'émotion et de musicalité, sur un fil dont on dirait qu'il s'apprête toujours à rompre. Là réside une des grandes différences avec un groupe comme Dream Theater, par exemple, techniciens sans plus doute plus accomplis encore mais que la quête esthétique et le goût du concept éloignent parfois de ce que l'émotion doit avoir d'impérieux. Aucun risque de la sorte avec Pain Of Salvation, qui sait que ce n'est pas seulement pour les oreilles qu'on fait de la musique.
Photos personnelles
Commentaires
J'en parlerai peut-être bientôt mais je ne partage pas votre point de vue pour la clope. Pendant Wastefall (que j'ai trouvé parfois efficace mais plutôt moyen), que je fumais parmi tant d'autres, je me suis dit "Zut, avec ce nuage, comment Daniel va faire pour les aigus ?". Et je crois vraiment que c'était pour préserver sa voix plus que pour la morale. D'ailleurs, ce fut la demande du groupe et non de la salle. Sa voix fut sans faille, je ne pensais pas qu'il atteindrait les aigus aussi facilement qu'un CD dans la platine. Impressionnant.
Curieuse impression, agréable : entre deux morceaux, Pain of Salvation plaisante, accessible au public et l'on sourit volontiers ("I'm sorry, I can't speak french, but we can speak swedish if you want", et lui et le bassiste parlant suédois)
Ça se voyait qu'ils étaient heureux d'être là, du moins est-ce l'impression que j'ai eue.
J'ai me suis fait mal au cou pour vous apercevoir : vous étiez où ? Au bar ?
Pour ce qui est de l'émotion, je crois que c'est dû au choix des morceaux. Ceux qui m'émeuvent le plus ne furent pas présents : je crois qu'ils visaient l'efficacité. Et c'est un choix respectable. "Chain sling", par exemple, a été interprétée façon hard. C'était bien d'ailleurs.
Vous accepterez toutefois de considérer que les temps ont changé, et que cette question de la clope arrive tout de même d'une façon un peu étonnante dans les concerts de rock (dur). Je répète : je ne suis pas tant heurté par le souhait, qu'il vienne de la salle ou des musiciens, de voir les fumeurs lever un peu le pied, que par l'unanimisme applaudissant du public, qui eût été inconcevable il y a quelques mois encore. C'est une impression assez désagréable : les fumeurs sont suffisamment stigmatisés depuis quelques mois pour que des "rockeurs" n'ajoutent pas leur touche à l'ambiance. Désolé, mais je ne me fais pas à l'hygiénisme et au soudain légalisme que ces nouvelles dispositions révèlent. Enfin, honnêtement, je doute, que la fumée de cigarettes, dans une salle aussi haute et profonde, soit plus gênante pour la voix du chanteur que les hectolitres de fumigènes utilisés sur scène...
Pour le reste, je suis d'accord. Les musiciens avaient l'air content et semblaient très sereins. Je ne parle pas un mot d'anglais, donc pas mal de choses m'ont échappé, mais l'esprit était en effet assez bon.
Non, point au bar : au milieu, dans le premier tiers... Et vous ?
D'où ma question : quels sont ceux qui vous émeuvent le plus ?
J'accepte ce que vous dites, et j'avoue en avoir déjà marre. J'aimerais pouvoir fumer sans qu'on ne me pousse à la honte. C'est vrai que c'était curieux d'entendre le public hurler sa joie à cette demande. Peut-être avez-vous raison, pour la voix. Mais je n'en sais rien. Je vous fais simplement part de ce que je me suis dit pendant le concert. En fait, en live, j'ai toujours peur que les voix ne soient pas à la hauteur de ce que l'on entend en studio où les conditions sont optimales.
Toujours est-il que, bien obéissant, j'ai attendu la fin pour m'en griller une nouvelle.
J'étais aussi dans le premier tiers, au milieu. D'ailleurs j'ai cru vous voir un bref instant tout juste derrière moi. Quand je me suis retourné à nouveau votre apparition n'était plus là. Si juste devant vous vous avez aperçu un mec se battant souvent avec ses boules Quiès (oui, bon, l'hygiénisme tout ça mais j'ai des acouphènes), c'était probablement moi.
Que vous vous soyez fait cette réflexion durant le concert est tout à votre honneur : cela prouve votre respect de la musique et des musiciens. Mais nous ne sommes pas à l'opéra, les voix sont amplifiés, le rock n'a jamais cherché la pureté cristalline, et nombre de chanteurs (professionnels) nous expliquent que la cigarette leur donne la tessiture qu'ils recherchaient... Pour le reste, oui, le live ne peut être le studio, puisque c'est l'épreuve de la vérité. Et la preuve, au passage, que les musiciens de Pain Of Salvation, quoique très maniaques et perfectionnistes en studio, sont d'excellents musiciens même quand on leur enlève la béquille des effets spéciaux.
J'ai bien vu un grand garçon, juste devant moi, avec une sorte de boule en mousse dans les oreilles. Mais elle n'avait pas l'air de le soucier plus que ça. Ce n'était donc sans doute pas vous...
Pas mal de chansons présentes sur Remedy Lane : Chain sling, Waking every god, Beyond the pale. Sur Be : Imago, Drifting, Martius Nauticus II. Le dernier album m'émeut moins, sauf la fin de Kingdom of Loss (notamment à cause des paroles).
Sur The perfect Element part. I, mh, je dirais King of Loss, In the flesh, Dedication (la partie instrumentale)
Je ne connais pas Entropia et One hour of concrete lake ne m'émeut pas du tout.
Mais, bon, c'est très subjectif et changeant, tout ça. D'autant que je peux être ému par une simple note.
Sur ma gauche, il y avait un grand garçon avec des boules en mousse reliées par un fil. Enfin bref, nous ne nous sommes pas vus.
Certes mais admettez que le tabac puisse mieux aller à la voix de Joe Cocker ou d'un Brian Johnson qu'à celle de Daniel Gildenlow quand il pousse des aigus. Quoi qu'il en soit, un concert rock n'est jamais parfait acoustiquement (mais mon expérience est limitée). Mais les voix (chœurs compris) ne m'ont pas déçu.
Pour le bidule anglais que je racontais, ça donnait à peu près "Je suis désolé, je ne sais pas parler français mais nous pouvons vous parler suédois", et là ils parlèrent suédois. Bon, ça donnait mieux en vrai.
Comme vous, je trouve le dernier "Scarsick" un peu moins émouvant. Et j'ai aussi une prédilection pour "Remedy Lane" (Undertow, Chain sling, This heart of mine, Beyond the pale...) et Be (superbes Imago, Iter Impius, Martius...). Ce que je connais de "Entropia" ne me plaît pas beaucoup, et j'ai pas du tout "One hour..." dans l'oreille.
Et avez-vous jeté une oreille à leur album live "12:5" ? Toutes les chansons ont été recomposées en acoustique. Le procédé est assez banal, d'accord, mais c'est vraiment une recomposition. Des chansons hard ou sombres deviennent peut-être pas joyeuses mais plus légères, comme Ashes par exemple. C'est peut-être pas ce qu'ils font de mieux mais j'aime beaucoup.
Je crois savoir d'ailleurs que pour cette tournée ils ont donné un concert acoustique en Suède. J'aurais bien aimé voir ça.
juste pti commenttaire
bonjour ,je cherchais juste des gens qui étaient present a ce concert afin de voir la réaction , afin de savoir si je me suis emballé pour rien ou si pain of salvation c'est vraiment géniallissssssssime ( oué on dirait un ado mais bon !! ) c'était le meilleur concert que j'ai vu , tout était la , daniel chante merveilleusement bien , le bassiste semble bien intégré au groupe , ils sont trés drole dites donc !!! je ne pensais pas autant , enfin une soirée aussi merveilleuse que courte !! et le rappel magnifique !!! enfin bref voila j'suis content que ce ne soit pas qu'une impression de ma part , vivement la prochaine fois . Ps : pour la clope , si la majorité de la salle était ravi de ne pas fumer , c'est ce qu'on appelle la démocratie ! , sachant que d'une part c'est interdit maintenant et que d'autre part la majorité du public était ravi de ne pas avoir de fumer devant les yeux pour apprécier le groupe au sommet de sa gloire , il est tout a fait logique d'accepter de ne pas toucher de clopes pendant 2 ptites heures !! surtout en plus si le groupe est de cet avis aussi !! , bref le public ne s'est pas plié a une quelconque forme d'interdiction mais au contraire a une sorte de vote démocratique presque !!! ( c'set la période ) ...voila , je dis ca gentiment , jsute opur m'exprimer sur le sujet :)
merci a vous et peut etre a biento pour la suite du débat
Je n'irai pas jusqu'à dire que c'est le meilleur concert que j'aie jamais vu, non, ça, sûrement pas. C'était le concert honnête d'un groupe en effet plus que très estimable, talentueux, imaginatif et intègre.
S'agissant de la cigarette, je baisse les bras : j'ai suffisamment argumenté et péroré sur le sujet... Toutefois, est-ce bien nécessaire de vous dire que vos arguments ne me convainquent pas, mais pas du tout... ? et que la démocratie dont vous parlez me semble plus proche du simulacre ? Enfin bon, ce n'est pas bien grave ! et je répète que je démissionne, obtempérant (fût-ce de mauvais coeur) aux injonctions "démocratiques"...
A bientôt, oui, pour la suite du débat - celui-ci ou un autre.
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