- Marc Villemain -

Cyclothymies, fluctuations, paradoxes et autres angoisses...

samedi 27 octobre 2007

Cachez ce saint

Parfum de sainteté, Maximilien Durand, éditions Les Allusifs (nouvelles)
Critique parue dans Le Magazine des Livres, n° 4, mai/juin 2007

Maximilien_Durand___Parfum_de_saintet_Disons-le tout net : pour un coup d’essai, c’est un coup de maître, une petite leçon de style, de grâce et d’esprit. Dispositions dont il ne fallait certes pas être démuni pour rapporter l’existence très amère (mais fort glorieuse) de ces huit saints rendus ici à leur humaine, très humaine carnation. Trop humaine, d’ailleurs, suggérera peut-être le croyant attisé par une foi mauvaise. Sans doute la vanité, l’égoïsme ou la perversion ne sont-elle pas vertus ordinairement attribuées aux bienheureux. Mais c’est oublier qu’avant d’être saints, il fallut bien qu’ils soient hommes – ou femmes. Le chemin vers la sanctification obéit à des lois non écrites, et l’Eglise comme les croyants peuvent bien se satisfaire du résultat sans se soucier de ce qu’il fallut endurer (ou faire endurer) pour y parvenir.

La colère, l’envie, la luxure, l’orgueil : si la recension n’est pas tout à fait complète, il est plaisant de songer que ces péchés capitaux aient pu ou puissent être partagés par des êtres dont l’exemplarité (ultime) n’est plus à démontrer. Aussi ces huit nouvelles regorgent-elles de descriptions des très saintes errances, toutes plus évocatrices les unes que les autres, et parfois terribles (vous sentirez la puanteur rédemptrice de Sainte Lydwine de Schiedam et frémirez au martyre dans Ecce homo, la dernière nouvelle). Nous aurions grand tort, toutefois, de chercher une quelconque forme d’impiété dans cette litanie des perversions : ramenés à leur condition initiale, nos huit saints n’en sont que plus admirables, et leur bravoure, leur abnégation et leur détermination pourraient en remontrer à plus coriaces que nous. Maximilien Durand, qui croit en la sainteté, s’en est d’ailleurs fort bien expliqué dans le journal Le Temps : « Derrière la recherche de perfection, il y a aussi la recherche d’une vie à part. Et quand on enlève la perfection, il reste quand même l’héroïsme. » Il ne s’agit pas tant de désacraliser ou de rabaisser l’extraordinaire à un ordinaire corrompu, mais de montrer en quoi la sainteté est avant tout une démarche obsédée, qui certes ternit l’icône apaisante que l’on connaît, mais qui peut aussi la rehausser à l’aune de valeurs plus prosaïquement humaines. Le saint est un extrémiste en ce sens qu’il accepte de se vivre à l’extrême et d’en supporter les conséquences. Sa cause et sa conscience le regardent. Et si l’Eglise ne voit que du feu à son manège, qu’importe : on n’en fera pas une Cène.

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