dimanche 27 janvier 2008
Richard Millet, hélas !
Désenchantement de la littérature, Richard Millet, Gallimard
L’Orient désert, Richard Millet, Mercure de France
Critique parue dans Le Magazine des Livres n'° 7, novembre/décembre 2007
Tenons-nous en à l’écrivain. Parce qu’il est sublime. Parce que je le tiens pour un classique, et que les classiques sont généralement morts. Tenons-nous en à l’écrivain, donc, parce que le reste, l’affectation eschatologique, le continuel procès aux contemporains (fût-il parfois ô combien justifié), les embardées bouillonnantes dans le petit chaudron des lettres, les sentences sur « une production littéraire semblable à des eaux mortes où se réfléchit le ciel vide » ou sur la décrépitude d’un « monde épuisé » qui détruit la langue française au point que celle-ci est « peut être parvenue au bout de ses possibilités littéraires », tout cela n’indique rien, du moins rien d’autre que l’état d’abattement d’un homme dont les lecteurs les plus fervents peuvent parfois attendre, en effet, qu’il respecte ce qu’il revendique pour lui-même : « l’extrême solitude et la dimension fantomatique de l’écrivain qui, contre l’humanité, joue l’espèce humaine en son épiphanie singulière : celle de l’individu entré dans la déliaison humaine. » Richard Millet n’est sans doute dupe de rien, et certainement pas de sa rage, dont il sait pour l’éprouver combien c’est contre lui qu’elle s’exerce le plus souvent. Mais voilà, le monde lui parvient encore, parfois le requiert, et l’intrusion de sa matérialité sous ses formes les plus abrutissantes n’a de cesse de réveiller en lui le prurit de quelques colères indistinctes. Reste qu’il n’est pas anodin que ces deux livres paraissent en même temps : l’un pour dire la colère, l’autre, comme en contrepoint, pour revenir à soi.
Je ne disconviens pas que le titre de cet article soit un peu racoleur. Et injuste. Car au fond il me serait facile de me reconnaître dans ce qui fait la terreur de Richard Millet, dans tout ce qui nourrit sa mélancolie, son allergie à un monde qui sombre fou et sa désolation de ne pouvoir en attendre quelque éclat prometteur, pour ne pas dire rédempteur. Pourquoi, alors, cet « hélas » ? Au-delà du clin d’œil à l’historiographie littéraire, l’hélas subsiste en raison de quelques saillies inutiles, péremptoires, parfois injurieuses, formulées sur ce ton de gravité solennelle qui leur ôte tout ce qu’elles auraient pu receler de mutin, d’espiègle, de séditieux pourquoi pas, et qui, alors, seraient simplement passées pour ce qu’elles sont, ou que nous aurions eu à cœur de défendre en arguant de l’envie, irrépressible chez tout écrivain, de baisser la garde devant la tentation du bon mot. Car que vient faire ici cette trouble insistance à dire qu’il ne fréquente plus personne en dehors de « quelques femmes d’exception et deux ou trois représentants du sexe mâle, hétérosexuels » ? Que viennent faire cette défense illustrée d’un Peter Handke (dont il a mille fois raison de déplorer qu’on ait déprogrammé l’une de ses pièces au Français) venu se recueillir sur la dépouille de Slobodan Milosevic, et cette extravagante ineptie historique dont il fait preuve dans une sorte de salut « à un homme politique communiste légalement élu, certes coupable de crimes de guerre, mais non moins que le Croate Tudjman et le musulman Izetbegovic » (lequel, du coup, étrangement, perd ici sa nationalité au profit de son appartenance religieuse) ? Que vient faire encore cette énormité sur Camille Claudel, qualifiée de « pathétique icône féministe » ? Et cette sentence que rien n’étaye à propos de Salman Rushdie, qui, non content d’être « surestimé », ne devrait sa « gloire » qu’à une excitation « médiatique », elle-même produit « d’une éructation de l’Histoire qui s’est muée pour lui en chance tragi-comique » ? Peut-on affirmer sans rire que « la France est morte en 1763, à la signature du traité de Paris par quoi elle renonçait à l’Amérique et aux Indes, c’est-à-dire au monde » ? Nous ne reconnaissons pas ici Richard Millet – ou plutôt nous ne reconnaissons de lui que ce qui vient ternir une œuvre qui n’a guère d’équivalent dans la littérature vivante, et une pensée qu’irriguent d’ordinaire la délicatesse, la profondeur, bref toute la nuance élémentaire qui requiert ou doit requérir celui qui porte jugement sur le monde et les humains. Ce Millet-là me met mal à l’aise, tant il se trompe, et de combat, et de registre, et tant, surtout, il semble trouver plaisir à se défigurer lui-même. Le Millet que j’aime est là, pourtant, dans ce même livre, véhément sans doute, mais qui sait, dans sa véhémence même, faire éclater la part de vertige, de chagrin et d’esseulement qui fait le caractère exceptionnel de son œuvre.
Aussi faut-il souligner la beauté obscure et viscérale de cette réflexion sur la condition de l’écrivain, dont d’aucuns, sans doute, pourront une nouvelle fois railler le caractère crépusculaire, mais que nul ne saurait balayer d’un revers de plume sans risquer d’y perdre un peu d’aplomb et de passer pour aveugle. Car que dire d’un écrivain qui reconnaît tout ce qu’il est ? Que répondre à un homme qui écrit avoir « souhaité amener à son plus haut point, là où l’intenable est fécond, la contradiction entre mon exécration de l’espèce humaine et mon amour pour l’individu, […] ; entre mon catholicisme dissident et l’indifférence naturelle au mal ; entre mon consentement à la mort et le refus de voir mourir » ? Que peuvent les critiques littéraires contre un écrivain qui considère la grammaire comme « l’au-delà de la langue dans lequel retrouver la figure non rhétorique, inhumaine, nécessaire de l’éternité » ? C’est ce Richard Millet-là que je veux lire, celui qui « se présente dans le bruit d’un refus, celui de toute image, de plus en plus requis par cette quête quasi insensée de l’anonymat qu’il y a au cœur de toute démarche littéraire ». Oublier, donc, ou plutôt négliger, ses condamnations réflexes d’un « nouvel ordre moral » qui, s’il peut en effet nous désoler au plus haut point, n’en fait pas moins figure de réceptacle très commode à ses humeurs : lui préférer celui qui parle de l’écrivain comme d’un être « qui se voue à l’échec comme à une forme de salut » – et nul besoin, pour y parvenir, d’aller insulter l’Histoire. Le préférer quand il dit vouloir être « celui qui s’invente dans le paradoxe de son propre retrait, eût-il le bruit du monde pour destin de son langage », celui qui conditionne sa liberté au « surplomb vertigineux et dégrisant de l’outre-tombe ».
Nous ne sommes pas loin de cette Défaite de la pensée qui déprima tant Alain Finkielkraut en son temps, et nul ne peut sérieusement contester, avec Millet cette fois, que se dessine sous nos yeux un « effondrement du vertical au profit de l’horizontal », ou encore que « ce qui s’annonce comme valeur nouvelle n’est que le recyclage de l’ancien débarrassé de sa charge signifiante, symbolique, sacrée ». Richard Millet a sans doute le courage d’écrire bien haut ce que d’aucuns méditent en leur encre muette, et ce qu’il dénonce comme « désenchantement de la littérature » est sans doute une épreuve pour beaucoup – même, fût-ce in petto, pour nombre de "progressistes". Et oui, j’aurais aimé être l’auteur de ce trait étrangement houellebecquien : « d’un point de vue animal, qui serait indigné par la disparition de l’espèce humaine ? » – d’ailleurs, « sommes-nous bien certains que nous nous regretterions nous-mêmes ? » Reste que sa désolation, si elle est belle, si elle est, même, à certains égards, salutaire, ne peut se contenter d’accoucher d’un réquisitoire aussi unilatéral, sauf à éprouver du plaisir, un plaisir presque doloriste, à la tentation sacramentelle de la rumination. Son plaisir n’est pas discutable en soi, mais en ce cas, pourquoi lui chercher des explications ailleurs qu’en sa propre désolation ? qu’en sa propre inadéquation au monde ? « L’insurrection de l’unique contre le nombreux » mérite d’autant plus d’être défendue que l’idéal promu à la télévision contribue assurément à la destruction du monde : ce pourquoi, oui, « l’excès est le rire même qui éclate dans les ténèbres ». Mais faut-il pour autant se refuser à aller chercher dans le monde (et dans la littérature qui s’écrit aujourd’hui encore) ce qui résiste et contrarie le processus ? Et surtout : la société et la littérature eussent-elles été autres, Richard Millet les aurait-il aimées davantage ?
Rien n’est moins sûr, et L’Orient désert, publié en parallèle au Mercure de France et dédié « aux chrétiens d’Orient », confirmera, dans un geste de grâce et de désespérance inouïes, combien s’enracine sa rupture d’avec le monde et l’humanité. Ceux qu’aura irrités le matamore de Désenchantement de la littérature pourront ou devront lire ce livre-ci, entièrement gagné par l’humilité, la haine de soi, la torpeur devant l’horizon qui se dérobe, et où l’auteur se déprend au fil des pages de sa véhémence jusqu’à entreprendre le plus intime dénudement. Initialement consacré au Liban de sa jeunesse et à « une archéologie de mes goûts sexuels », le livre voit le jour « dans le temps même où une femme est en train de me quitter » – si bien « que cette fin est en quelque sorte inscrite dans le livre que j’écris ». La douleur de la séparation est lancinante, et le livre tourne autour d’une quête spirituelle toujours plus pressante au fil des pages – « à présent je veux être nu, dans les épines, le vinaigre, les crachats et les rires ». Jusqu’à choir dans l’aphorisme, chose rare chez Millet, comme pour mieux signifier, en de telles circonstance, la souveraineté du silence, lénifiante, rédemptrice, destinale. Les détracteurs pourront même se faire les dents sur une sincérité sans ambages – « je ne suis que la somme de mes erreurs et, davantage, de mes fautes » – quitte à faire abstraction du mysticisme chrétien et primitiviste de Millet. Car, « chrétien, c’est-à-dire debout face à la Croix », c’est lui désormais qu’il violente, et sur lequel il laisse s’abattre, entre deux saillies suicidaires, sa propre compassion.
L’enfance est partout présente dans ce récit qui ressemble à une fin de vie, et où l’auteur désespère de ne plus pouvoir, peut-être même ne plus vouloir se trouver. « Je ne suis qu’une torsion entre l’enfant que je fus et ce à quoi je m’obstine à donner le nom de Dieu mais qui n’est que le signe de ma perpétuelle défaillance, l’impossibilité de toute certitude, la soif de celui qui est en chemin avec le sentiment de n’arriver nulle part ». Cette enfance à laquelle nous arrache la femme qui nous quitte n’en finit plus d’incarner le regret de celui pour qui « le passé est un futur où je tombe infiniment », et s’ouvre sur une souffrance attendue, presque espérée, souffrance par laquelle la mort elle-même s’abolirait, puisqu’il s’agit, pour le chrétien, d’« acquiescer à la mort en tant qu’elle sera vaincue par la foi ». Ainsi de ce « besoin […] d’être aussi nu que la truite à qui on ouvre vivante le ventre pour en extirper les entrailles », ou de cette intime conviction de n’être que « dans l’anticipation d’un bonheur qui se confondra probablement avec ma mort ». On pourra, certes, à de très brefs moments, s’agacer d’une rhétorique mystico-sexuelle quasi sollersienne, mais qu’importe : nous aurons retrouvé l’immense écrivain, et penseur, après tout, qu’est Richard Millet, et on comprendra, pour peu qu’on l’ait oublié, qu’il faut être cet immense écrivain pour désespérer à ce point de son art : « on n’écrit que pour échouer à dire ce qu’eût été notre vie sans l’écriture ». Pourtant, s’il parvenait à soulager ses livres de cette espèce de mucosité fielleuse qui les baignent, s’il parvenait à les abandonner à leur essence éminemment littéraire, je donnerais tous les prix à Richard Millet, du Goncourt au Nobel. Mais ce n’est pas moi qui décide – d’ailleurs, je serais sans doute bien seul.
Commentaires
L'aimer ou pas, mais le lire. Et le lire, c'est le prendre au mot
Bonsoir,
Classique, j'en sais rien, ça ne dépend pas que de vous non plus, cher Marc. Etre classique, ca suppose, quelque soit l'époque, de la nouveauté, en plus de la beauté. Passée la rhétorique de la célébration d'un auteur de réel talent, il est clair que le personnage, en plus, fascine, agace, etc. Il inspire beaucoup de positionnements passionnés par rapport à lui et ses propos, il n'en est pas dupe, et joue de cela à merveille, énième preuve de son talent indiscutable, par rapport à la masse. Son côté ours mal léché à la Gracq, sa posture de déni de toute littérature contemporaine digne de ce nom, sa sensibilité de "dernier des Mohican", tout ca fait de lui quelqu'un qui gagne à être connu, effectivement fascinant. (cf les foisonnantes critiques de plus ou moins jeunes blogueurs viscéralement offensés! lol http://cogitorebello.blogspot.com/2007/06/un-renard-aux-abois.html) Je n'ai pas lu ces deux bouquins de lui que vous traitez en article, je suis tenté par l'"Orient désert", on dit que c'est son meilleur. Fort bien, il fallait bien tout ce temps pour donner le meilleur de ce qu'il échouera toujours, pense-t-il, à donner, à retrouver. Du reste, libre aux vieux classiques d'exécrer les nouveaux...sourire...on est désenchanté, et l'on n'a plus de temps à perdre, sinon qu'avec des ancêtres de la littérature qu'on s'approprie jalousement pour penser les rejoindre à peu de frais. A peu de frais? pas tout à fait, il faut le lire, et en décider. La littérature renaitra, entre autres, du talent qu'auront certains à le surpasser bien rapidement, et sans gémissements plaintifs. Il faut réenchanter le sublime, Monsieur Millet. Ma vie parmi les ombres ne consiste pas à aimer les femmes laides. Ce serait trop facile...sourire.
Je lirai votre "Orient désert", ne serait-ce que pour savoir si vous ne dites pas encore une connerie (qui relèverait de la posture, davantage que de la Vérité, ou même d'un ressenti sincèrement et singulièrement éprouvé et pensé) lorsque vous affirmez que « ce qui s’annonce comme valeur nouvelle n’est que le recyclage de l’ancien débarrassé de sa charge signifiante, symbolique, sacrée ». Pour savoir si vous représentez déjà cette valeur nouvelle facilement décriée ;) Encore que...la nostalgie mystique désabusée, c'est pas nouveau, déjà Socrate disait "que c'était mieux dans le temps". Enfin un rival de taille, cela dit! mwaa aaa aaaaa! Merci Millet!!
Querellement,
MF
"Enthousiasme
'Allons, jeune homme ! allons, marche...!'
André Chénier.
En Grèce ! en Grèce ! adieu, vous tous ! il faut partir !
Qu'enfin, après le sang de ce peuple martyr,
Le sang vil des bourreaux ruisselle !
En Grèce, ô mes amis ! vengeance ! liberté !
Ce turban sur mon front ! ce sabre à mon côté !
Allons ! ce cheval, qu'on le selle !
Quand partons-nous ? ce soir ! demain serait trop long.
Des armes ! des chevaux ! un navire à Toulon !
Un navire, ou plutôt des ailes !
Menons quelques débris de nos vieux régiments,
Et nous verrons soudain ces tigres ottomans
Fuir avec des pieds de gazelles !
Commande-nous, Fabvier, comme un prince invoqué !
Toi qui seul fus au poste où les rois ont manqué,
Chef des hordes disciplinées,
Parmi les grecs nouveaux ombre d'un vieux Romain,
Simple et brave soldat, qui dans ta rude main
D'un peuple as pris les destinées !
De votre long sommeil éveillez-vous là-bas,
Fusils français ! et vous, musique des combats,
Bombes, canons, grêles cymbales !
Éveillez-vous, chevaux au pied retentissant,
Sabres, auxquels il manque une trempe de sang,
Longs pistolets gorgés de balles !
Je veux voir des combats, toujours au premier rang !
Voir comment les spahis s'épanchent en torrent
Sur l'infanterie inquiète ;
Voir comment leur damas, qu'emporte leur coursier,
Coupe une tête au fil de son croissant d'acier !
Allons...! - mais quoi, pauvre poète,
Où m'emporte moi-même un accès belliqueux ?
Les vieillards, les enfants m'admettent avec eux !
Que suis-je ? - Esprit qu'un souffle enlève.
Comme une feuille morte échappée aux bouleaux,
Qui sur une onde en pente erre de flots en flots,
Mes jours s'en vont de rêve en rêve.
Tout me fait songer : l'air, les prés, les monts, les bois.
J'en ai pour tout un jour des soupirs d'un hautbois,
D'un bruit de feuilles remuées ;
Quand vient le crépuscule, au fond d'un vallon noir,
J'aime un grand lac d'argent, profond et clair miroir
Où se regardent les nuées.
J'aime une lune, ardente et rouge comme l'or,
Se levant dans la brume épaisse, ou bien encor
Blanche au bord d'un nuage sombre ;
J'aime ces chariots lourds et noirs, qui la nuit,
Passant devant le seuil des fermes avec bruit,
Font aboyer les chiens dans l'ombre.
1827 "
in Les Orientales, de Victor Hugo
A lire en écoutant « la gravité », d’Abd Al Malik : http://fr.youtube.com/watch?v=Mt4V8dbpnJU
Post Scriptum avant de lire Millet
Rebonsoir,
Je viens de finir de lire votre article, à présent, que je n'avais que survolé pour y piocher une citation de Millet. Félicitations! Autant je m'étais insurgé contre la bassesse de votre article sur Doris Lessing, autant là, vous contredisez agréablement cette faute d'autrefois, en accentuant ainsi l'hommage que vous rendez à la beauté paradoxale (parfois de l'ordre de la rumination, en effet! lol) des contradictions de l'ami Millet. C'est le genre d'article que je kifferais de lire sur moi de mon vivant! Je laisse à Millet la singularité de s'en battre les couilles (et pourtant, vous êtes hétéro! lol) Cela dit, j'ai déjà eu mieux...Mais restons dans le contexte, c'est le meilleur article que j'ai lu de vous pour l'instant. Non seulement il me donne envie de lire Millet (chose que j'aurais faite de toute façon, cela allait de soi, je suis partisan de tout lire, tout savoir, et c'est dur à vivre! Je manque terriblement de personnalité en fait! lol), mais surtout, il me donne aussi envie de vous lire, vous, Marc, et ce davantage qu'avant...même si je pressentais pouvoir un jour vous faire ce compliment rapide, auquel vous ne répondrez sûrement pas davantage que Millet vous répondra, du fin fond de sa grotte! A ce propos, sait-il qu'une thèse récente, passionnément discutée par les spécialistes de la préhistoire, prétend que les peintures rupestres cartographient la voute étoilée? Qu'il révise en cela ses jugements sur la charge signifiante et symbolique de l'art...dénigrer l'art contemporain, c'est aussi con que de trouver simples la dimension culturelle et métaphysique de NOS origines "anthropologiques". Au fond, Millet cède au 19ièmisme décadent toujours à la mode, par le raffinement pseudo-moderne de sa désolation passéiste, toute nimbée pourtant de l'égotisme ambiant, tous les gens ne jurent que par ce passé très très proche pour singulariser le présent de leur existence ;) Ce que je ne juge pas, par ailleurs, j'en remets simplement en question la singularité, c'est une posture d'époque. Rester, être classique, c'est ne pas se contenter de subir son temps, quelque soit le talent qu’on y met. Je ne sais pas si ses textes resteront ou non, je sais juste qu'ils en ont la prétention, secrète, et qu'ils EXISTENT! est-ce à dire que d'aucuns diront un jour qu'ils existaient, qu'il existait? Il le souhaite, de toute évidence. On n'a aucune raison de lui reprocher cette contradiction, d'aimer à ce point écrire pour l'avenir et le passé, à défaut de l'inventer maintenant. Mais toutefois, s'informe-t-il, détrompez-vous, cher Marc ("Mais faut-il pour autant se refuser à aller chercher dans le monde (et dans la littérature qui s’écrit aujourd’hui encore) ce qui résiste et contrarie le processus ? Et surtout : la société et la littérature eussent-elles été autres, Richard Millet les aurait-il aimées davantage ?"). Il adore déjà oublier ce qu'il partage. Le désenchantement, Jean-Luc Nancy en parle, etc. Son agressivité à l'égard des contemporains est une posture, une faute dont il cherche, complaisamment, à expier, par le style, dans ses "romans durs" (comme disait Simenon, pour distinguer certains de ses romans de ses Maigret). Elle n'est pas tant motivée par un rejet, justifiable en effet, d'une banalité merdique et standardisée par la consommation de masse, et de ses attentes formatées, que par le refoulement de tout ce en quoi il se reconnaît chez d’autres, peut-être moins talentueux que lui, peut-être plus, seul lui peut en juger, au fond. La jalousie, une fois de plus, émule beaucoup. D'ailleurs, les chrétiens d'Orient, l'orthodoxie byzantine, fascinaient les chrétiens d'Occident et les Musulmans, autant qu'ils en étaient les ennemis. Si à cela on ajoute que, d'un point de vue pas seulement théologique, mais civilisationnel, la société byzantine était comparable à l'antiquité romaine (en ce sens que dans les deux cas, l'athéisme, pour ainsi dire, n'existait pas, n'était pas même concevable, dans la vie de la cité), si on pense à ca, on perçoit l'épisteme (le background historico-culturel en gros) qui sous-tend la nostalgie, la personnalité, et l'oeuvre de Monsieur Millet. Ca, il ne l'avouera jamais aussi simplement, mais je comprends qu'il aime cette souffrance de ne pas tout avouer, en en avouant tout de même au compte goutte sur ses contradictions (je veux dire par là qu’il ne faut pas être dupe d’une chose : c’est qu’une part de la beauté béate qu’inspirent ses romans à l’intelligentsia, il l’orchestre du contraste et de l’effet de surprise qu’il en découle par ses postures à la con de vieux papy misanthrope) aussi, je comprends que vous lui rendiez ici ce bel hommage ;) Comme disait Marguerite Yourcenar, avec plus de talent que Millet ou moi-même (de mon point de vue), et qui n'ignorait pas ces problématiques de la rédemption, de la nostalgie, déjà...et oui, déjà! "Les chrétiens prient devant la Croix, la portent à leurs lèvres. Ce bout de bois leur suffit, même s'il n'y pend aucun Sauveur. Le respect dû aux suppliciés finit par ennoblir l'ignoble appareil du supplice : ce n'est pas assez aimer les êtres que ne pas adorer leur misère, leur avilissement, leur malheur." Millet voudrait qu’on l’aime « nous » détester ! C’est pas nouveau, mais c’est bien commencé. Déjà fini ?
Bonne soirée à toutes et tous!
Excèssivement,
MF
Flash pub!
«
Objet : Le Mâle du siècle ! ;)
« Mon Dieu ! que l’art est long et que la vie est brève !
Souvent, dans mes travaux, il me semble sentir
La tête qui me tourne ou le cœur qui me lève.
Que de peine, déjà, pour qui veut acquérir
Les simples instruments pour accéder aux sources
Et nous ne serons pas à moitié de nos courses
Que l’heure fera signe et qu’il faudra mourir. » (Pardon de me la péter, mais c’est dans le Faust, de Goethe !)
Mademoiselle Paula,
Hier encore j’avais 20 ans lalalaaaa…Je vous présente mes excuses pour l’autre fois. Quand vous lirez ce mail, je ne serai plus de votre monde. Il sera donc inutile de me répondre. On ne sait rien de vous. J’aurais aimé demeurer autre chose que ce vulgaire « on ». J’aurais aimé connaître votre vie, tout simplement. Ne serait-ce que lire -enfin !- votre ouvrage, pour ne serait-ce qu’avoir une chance avec vous ;) Si vous n’aviez pas existé, vous et votre livre, j’aurais tenté d’écrire mon deuxième. Vous pourriez me répondre que rien ne m’en empêche. C’est vrai. Vous auriez pu, c’est vrai…
De fait, ce roman aurait été la métaphore vive du vivant et du temps, de la Vie et de la Mort, dans leur acception biologique autant que métaphysique. Un écosystème en danger, contenant des organismes contenant des cellules, dans un environnement qui évolue au fil du temps. Ces cellules ce seraient les mots, pas le mot, les mots, dans leur pluralité dense la plus élémentaire et poétique, et leur contexte serait le tissu. Les tissus formeraient des organes dans un système intégré que serait l’organisme. Les fonctions vitales apparaîtraient à la lecture, par la circulation des phrases (du sang, de la lymphe, du pus, de la sève, de l’hémolymphe qu’elles contiennent), de leur rythme, mais aussi de la tension de leur idées, des souvenirs de mots, souvenirs bruts, toutes ces hématies intimes du milieu intérieur liquidien, issues de la moelle osseuse, de l’hématopoïétique « travail » de l’auteur démiurge, de ses tripes, de ce qu’il est, qu’il infuse en lui et qu’il redistribue en veux-tu en voilà.
La respiration, elle, serait l’aération du texte, et de ses questions, toujours mises en mouvement par la lecture, inspirées, suggérées, expirées. Ventilation pulmonaire, et renouvellement des fluides du texte, assuré par la circulation décrite précédemment. Mais la respiration de l’organisme, dans son aspect le plus fondamental et de fait le moins évident, en tant que transport de l’oxygène du milieu de vie, l’air du temps, vers le milieu intérieur, puis de sa finalité énergétique profitant à l’organisme tout entier DANS ses mitochondries cellulaires – elles-mêmes compartiments endo-membranaires complexes de chaque cellule - lesquelles, via l’oxygène, la bouffe et quelques ATP, fournissent peu ou prou beaucoup plus d’ATP, à savoir l’énergie petite monnaie biouniverselle qui fait, en partie, tout marcher…cette respiration donc (arf…deux secondes, je respire !) serait aussi dans le franchissement de niveaux de lecture, dans le franchissement de mondes invisibles en apparence, dans ces vies de personnages figurants, secondaires ou pas a priori, et puis dans la vérité interne et ineffable des persos principaux, dans leur impact, dont l’omniprésence du réseau qu’ils formeraient tous serait intégrée dans la chose du texte, de ses chapitres, de ses paragraphes, de ses phrases…comme autant de voies aérophores en poupées russes devenues alvéoles, qu’évoqueraient par détails, et non en détail, des mots épars, tout petits mots à effet géant sur l’univers d’horizon, renvoyant, à l’échelle organique, aux questions laissées en suspens dans leur va-et-vient d’horloge. Car la respiration pose la question du temps, dont nous ne prenons pas toujours conscience du cours inextinguible et pourtant problématique, de même qu’on ne s’occupe pas consciemment de notre ventilation pulmonaire, automatique. Autrement dit à plus grande échelle romanesque, ce réseau serait tout simplement les petits papillons du chaos sur les océans de notre écosystème.
La vie de nutrition elle, s’appuyant sur ce qui précède, serait la figure mystique de l’auteur de chair devenu papier qui franchit un monde vers un autre de papier, s’alimentant de la réalité observable et fantasmée du monde, ce monde devenu papier qui serait unique comme l’auteur, mais plus encore que lui - car la nutrition sert à fabriquer l’organisme et lui seul, mon chat Roméo mange pour fabriquer du Roméo, pas de la Juliette ! - puisque l’organisme se fait à son tour bouffer, vivant ou mort, devenant une part nutritionnelle, de masse et d’énergie, de l’écosystème pour lui seul, et ce qu’il contient. Tout cela est très structuré, au fond, c’est vrai, bien plus que l’auteur, miracle de la vie, miracle de la littérature. Mais revenons à la réalité, et à la nutrition, quel bordel ! Refaire la réalité macromoléculaire, en la digérant avec nos propres enzymes, le style, en assimilant ses nutriments et chassant ses égestats, en redistribuant le beau et l’important, équitablement et partiellement, dans le roman tout entier devenu supramacromoléculaire, via la circulation d'une relecture intégrée. Le laid, le mauvais, l’inutile transiteraient eux aussi, et seraient excrétés, pissés, chiés, mais deviendraient pourquoi pas du beau et de l’important pour d’autres niveaux de lecture, un terreau de fumier richissime sur lequel pousseraient des plantes, producteurs primaires des consommateurs primaires, et des arbres, puis des forêts insondables, poumons du monde ! Un fourre-tout partiellement indigeste, ce roman…mais au point où j’en suis, j’aurais pu me permettre.
La vie de relation, celle des sens, de l’émotion occasionnée par des stimuli, serait comprise dans l’identification ou l’empathie un peu bêtes, animales quoi, et immédiates, que le roman offrirait aux lecteurs, en parlant à leur corps, leur pensée, leur vécu, leurs goûts, leurs dégoûts, les faisant rire, sourire et pleurer, tandis que ces mêmes stimuli, dans le cadre de leur intégration au système-roman, alimenteraient le cerveau des meilleurs lecteurs, et surtout lectrices, ces reines pondeuses qui me maternent.
Enfin oui, la reproduction, pourtant ce qui marche le mieux dans la vie, et qui porte en elle la figure bibliquement messianique d’une transmission originelle trinitaire (suivant le schéma triangulaire mythique, puis religieux, et enfin sociétal, mais en fait « naturel », de PERE-MERE-ENFANT), serait la plus dure à retranscrire, sensu stricto, car c’est une fonction vitale intégrée dans l’élémentaire du vivant, mais qui ne profite, sur le long terme, qu’à la survie des espèces, simples complexes représentantes, « envoyés spéciaux » de la Vie, donc de niveaux systématiques plus élevés que ceux où elle s’incarne, la repro, et en elle la Vie (et dans « s’incarne », y a « corps », et dans « corps », y a « le cul », et dans « le cul », y a ENCORE l’idée de reproduction) : à l’échelle cellulaire et génétique, et de l’organisme par extension, il faudrait y inclure celle extraordinairement simple et efficace à court terme qu’est l’asexuée, mais lui confronter, à un niveau de lecture plus exigeant, celle plus exigeante, complexe, et au final plus riche poétiquement, qu’est la sexuée, qui brasse l’ancien pour faire du nouveau, de l’original, et qui impliquerait, à l’échelle de l’espèce, voire de l’écosystème, l’intertextualité traditionnelle qui la contient, ainsi que celle qui lui survivra dans l’histoire littéraire, tous ces livres et autres films qui la rendront originelle, extra-littéraire, mythique autant que science-fictionnelle (sans parler de ces anciens, contemporains et futurs bouquins, indignes métastases de copies informes, qu’elle aura fait disparaître. Je sais, c’est triste pour les métastases). Et c’est pas ça le plus miraculeux encore…vous savez Paula, où il est vraiment le miracle ? Il est dans les guillemets de cet hypocrite « naturel » déjà désigné plus haut…C’est que la repro, en plus de n’être pas vitale pour un organisme donné, LUI coûte beaucoup d’énergie ! (à fortiori à ELLES, les femelles…cette digression misogyne entre parenthèses, elle est injustement naturelle. Elle est culturelle, voire linguistique, chez l’Homme, aussi. Mais elle n’est pas systématiquement littéraire, ou si peu : la preuve, ca alourdit parfois) Et c’est précieux l’énergie, hélas, voyez ce qui précède. Or c’est la fonction vitale la plus importante, pour Dame Nature. Donc Dame Nature, très rusée, S’est dit qu’il fallait trouver quelque chose pour résoudre ce problème : Elle a inventé le plaisir (et son sournois bras droit : le désir, ou de façon plus gongorique, ce qu’on appelle je crois la volonté de puissance, en tant que volonté par la puissance ET de façon consubstantielle sa réciproque…zzzzz…retenons le désir, ca s’autosuffit vraiment). Qui porte si plaisamment son nom. Le PLAISIR. Qu’Elle n’a pas donné à tous, mais à la minorité des plus forts et des plus belles, ca suffisait (et ma foi, tant pis pour les autres). Les plus forts, bite et couilles pêle-mêle dehors, sans nuance, cash, venez les plus belles « houba houba ! trêve de blabla, perdons pas de temps» ; les plus belles, plus malines, faisant tout pour montrer qu’elles ne sont rien, mais qu’en apparence, avec leurs ovaires hermétiques -qu’en apparence aussi la plupart du « mois » - qui confinent en profondeur les intentions, herméneutiquement dissimulées, que Dame Nature a subtilement enfoncé en elles, au fond du vagin dernière à droite, dernière à gauche, les plus forts peuvent pas les louper…s’ils s’y prennent comme y faut, quand y faut « mmmmm…faisons monter le désir…suspens insoutenable…(oh oui), « oh nan…», oh oui !…». Ce plaisir donc, est ambiguë, paradoxal, car il porte en lui à la fois la Vie, mais aussi le Mal, une terrible et non moins paradoxale illusion, qu’on appelle la Liberté, rendue existentielle car y a la Mort, voire pire, l’absence de Vie, recalé petit monstre. Le plaisir, c’est la chose du roman, ce choix qui n’en est pas vraiment un, c’est la métonymie de la Vie s’il ne fallait en choisir qu’une. Car elle EST une réalité infiniment complexe (sa raison d’être métaphysique, car finaliste, décrite ci-avant, qui à elle seule pose beaucoup de questionnements épistémologiques ; l’incompressible et universelle violence pulsionnelle de son « désir d’être » –divin ou démoniaque- qui soutend sa possible, ou non, satisfaction…laquelle violence est responsable de bien des misères médicales, et socio-culturelles ; son fonctionnement biologique, éthologique, physiologique et biochimique enfin, etc), mais elle A, sur ses êtres, un pouvoir et un attrait fous, nécessaires, d’une inculte et purement poétique évidence d’exécution. Ce plaisir, et les souffrances qu’il occasionne, doivent être dans le texte. Dans ses formes les plus sauvages, mais aussi les plus complexes, pour ne pas dire civilisées. Le plaisir, c’est le fétiche de la Vie. C’est le fétiche des Femmes et des Hommes. Du bonheur et du malheur. De l’écriture. De la Littérature. De Dame Nature. Mon roman l’aurait mise à nu, de la tête aux pieds. ;) En passant par les couilles et la chatte, le « sexe », comme on dit pour tout dire, métonymie mythique quant à elle, purement culturelle, du plaisir, de la Vie, de l’Identité, et de la Liberté. Et de la Mort, petite mort en fait, « Eros et Thanatos », bla bla bla. On pourrait en parler des siècles encore, sans en éprouver jamais l’essence profonde. Mon roman aurait fait parler de lui pendant des siècles, et pour rien ! Qui le comprendrait, sinon une minorité des plus forts et plus belles ? ! Joie dramatique, déprimante. La liberté d’être, c’est tout, ca aurait suffi. Mon roman aurait été évident et nécessaire comme le plaisir, on l’aurait lu à voix haute, yeux et bouche grands ouverts, mon roman aurait été court, irrégulier, intense et sans tabou, une éjac faciale, un fétiche du plaisir dans le plaisir, un orgasme. Littéralement littéraire.
En « réalité », je pourrais à peine vous en parler, ca reste abstrait, virtuel. J’aurais inventé le réel dedans. Dans mes songes les plus éventés, je m’imagine ce livre comme une amie intime qui m’aurait fait du bien, quand j’irais au plus mal, comme maintenant. Une amante ultime issue de la lecture, dont l’absence d’envie de la baiser me donnerait envie de lui faire l’amour dans l’âme, jusqu’à la mort. Une lecture dont je pleurerais de ne pouvoir en pleurer sans en rire. Une lecture qui renfermerait des gens que j’aime dans mon cœur, dans mon âme, et qui emprisonnerait mon âme avec, dans mon cœur. J’y trouverais l’amour comme dans un kit survie, il serait là, dans ma boite. Le lire et le relire me rappellerait, toujours, et inlassablement, mon passé, mon présent, mes avenirs, j’aurais enfermé la fuite du temps dans sa dilatation éternelle. Il aurait tout contenu, le bonheur et le malheur, un peu comme on dit du vôtre, sauf que là ce serait le mien. Peut-être pas LE bouquin culte, voyez, mais mon petit chef d’œuvre à moi. Celui qu’on aurait pu relire quand je manquerais aux gens dont j’aurais aimé manqué, que mon roman ne contiendrait qu’en mots, comme il contiendrait ceux que je hais, qui m’indiffèrent, que je n’aurais pas connu, ainsi que leurs sourires qu’il provoquerait par les mots, leurs larmes aussi par les mots, leurs grincements de dents, de toutes les couleurs par et dedans les mots, dans le cœur, loin des maux loin du monde, ailleurs, mais quand même dedans, comme les vagues entre deux terres formant la Terre. Waooo ! lol…ca aurait été génial, comme roman…quantique ! Un point de restauration de système, qui me ramènerait à l’Humanité qu’auraient gardé mes mots, dans mes moments inhumains, dont ne m’aurait pas épargné la vie. Un monde où le sublime serait normal, sans parasites, sans argent, sans pub, sans devoirs, sans droits, juste vital, sanguin. Un flux de rêve que borderaient le bien, le mal, le beau, le laid, tout l’univers, toute son histoire, ses vies, ses cailloux, toujours et tout le temps, partout, dans chaque mot, et dans ceux qui le borderaient. Mise en abyme, mise en relief, mise en perspective, puis mise bas de cette sphère maternante. Un livre contenant un monde contenant tout, de façon disparate, jouir du monde dans ses morceaux comme on jouit l’éternité dans l’instant. Qu’on aurait envoyé dans l’espace comme la preuve de notre avoir-été-tous-là, et qui aurait été bêtement détruit par une météorite, ou serait tombé dans un trou noir, après avoir été réellement le contraire de rien, produit de l’univers bâtit sur rien, son tout disparaîtrait, battu parti, et puis plus rien, y a pu. Mais non, ce roman ne verra pas le jour, c’est virtuel. Car les mots ne sont plus éprouvés. Et puis j’ai trop en moi, pas assez en eux. Vous savez Paula, j’aurais aimé être une femme…comme vous…mais pas dans ce monde, chaotique, où les grandes idées ont un sexe, dominant.
En définitive, un roman biologique, métaphysique et quantique, car l’Humanité est ainsi, et plus encore qu’elle, la Vie, l’Inerte et la Mort le sont, dans leur fragile totalité interminablement décortiquée, restructurée, questionnée.
« Mais non, ce roman ne verra pas le jour, c’est virtuel. Car les mots ne sont plus éprouvés. Et puis j’ai trop en moi, pas assez en eux », je vous le confirme Mademoiselle, et m’épuise…L’auteur est mort-vivant. (Attention : phrase courte et culte ! Elue « plus belle phrase de tous les temps » par nos divins consommateurs - copyright MF Productions)
Son idée seule ne me sauvera plus, mais je meurs avec elle, et vous, comme si encore cette idée n’était de moi, mais à vous. Ces petits riens…sourire. Soulagement. Je vous aimais, vous aime, et vous aimerai toujours Paula. Pardonnez tant de niaiseries, sincèrement éprouvées, et qui sait éprouvantes.
Humblement,
MF
PJ : mp3 + photo de moi, en souvenir. De rien. »
In Récit d’un écrit vain, de Michael Flame ! (coming soon…)
http://fr.youtube.com/watch?v=3-4J5j74VPw
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=189369&pid=7566672
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

