- Marc Villemain -

Cyclothymies, fluctuations, paradoxes et autres angoisses...

mardi 1 avril 2008

Entretien avec Xavier Person

Trois questions à… Xavier Person – Propos recueillis par Marc Villemain
Dossier sur la langue française – Le Magazine des Livres n° 8, janvier/février 2008
__________________________________________________________________

- MV : Vous développez, comme poète, une approche particulière, que d’aucuns diraient expérimentale, de la langue française. A cette aune, jugez-vous cette langue en péril, ou pensez-vous au contraire que ses transformations, indéniables, constituent une source salutaire de son évolution ?

- XP : Ce n'est pas tant la question de la langue que celle du langage qui m'intéresse. Ce qui se dit quand quelqu'un commence à parler est toujours quelque chose d'étrange, dès lors qu'on y prête attention, c'est une fabrication de nuage ou de brume, une composition flottante. Propositions d'activités part de phrases entendues, déformées, transformées dans une logique de déplacements et de condensations, pour atteindre une souplesse maximum, une sorte de modalité caoutchouteuse du sens, dans une radicalisation de la logique du witz ou du lapsus. Parler, au fond, n'est-ce pas toujours trébucher dans la langue, se prendre les pieds dans les phrases toutes faites pour tenter de dire quelque chose ?


- MV : Quelle place prennent dans votre travail d'écriture le rôle et les règles de la grammaire ? Eprouvez-vous un plaisir (même trouble) à y déroger ? Et à quelles fins ?


- XP : Dans ce que ce que j'ai tenté d'écrire ici, je dirais que la règle a été comme le fil du funambule, fil tremblant au-dessus d'un certain vide, comme si, s'agissant d'entrer dans une phrase, il n'y avait eu de solide, de certain, que la règle grammaticale, et donc la découverte de son impérieuse nécessité.


- MV : Cette approche vous semble-t-elle compatible avec les nécessités de l'enseignement et le « socle » langagier commun, hors duquel il semble difficile qu'une langue se perpétue ?


- XP : Cette question du socle commun me fait penser à ce qu'écrit Foucault dans sa préface aux Mots et aux choses. Citant l'énumération monstrueuse par laquelle, dans une de ses nouvelles, Borges évoque une encyclopédie chinoise proposant une classification des animaux complètement fantaisistes : a) appartenant à l'Empereur ; b) embaumés ; c) apprivoisés, etc... A la lecture de cette étrange taxinomie, nous rions selon Foucault, mais d'un rire jaune, atteignant à une certaine limite de la pensée, à « l'impossibilité nue de penser de cela. » L'incongru est retrait du tableau commun, de la table d'opération, il est ruine du langage, de ce qui fait tenir ensemble les mots et les choses. On s'y approche de l'aphasie, du mutisme du fou, ou de son bavardage infini. Mais rien de tel, sans doute, qu'une expérience un peu limite pour retrouver goût, et sens, au socle langagier commun.

***

L’auteur : Xavier Person vient de publier Propositions d’activités, aux éditions Le Bleu du Ciel, livre dont François Bon écrit qu’il étaye « tout un état du monde avec ses zones noires ou ses étendues grises, des éléments qui chaque fois renvoient à nos formulations d’écrivain. »

Il a auparavant publié :
-    Best regards, éditions Mix 2003
-    Un bloc rectangulaire, éditions Au Figuré, 2003
-    Je sors faire quelques courses ou je préfèrerais ne pas écrire sur la poésie d’Emmanuel Hocquard, éditions Au Figuré, 2000

Xavier Person est également chroniqueur aux Mardis littéraires de France-Culture et chargé de mission sur la politique du livre et de la lecture au Conseil régional d’Ile-de-France.

Posté par marc_villemain à 11:35 - Lectures - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=189369&pid=7855374

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :