- Marc Villemain -

Cyclothymies, fluctuations, paradoxes et autres angoisses...

mardi 6 mai 2008

In & Out

La page blanche n'est jamais blanche que de nous-mêmes. Si nous prenions soin de n'écrire qu'à travers notre être seul, si nous ne nous autorisions plus un seul mot qui ne nous impliquât pas en totalité, si nous cessions d'écrire pour nous détourner de nous-mêmes, si nous cessions enfin d'attendre des échos transformés du monde qu'ils nous fournissent matière ou prétexte à écrire, alors il n'y aurait plus guère de blogs, et, aussi net, la crise de surproduction des livres serait résolue. Ce pourquoi tout écrivain abrite en lui un vampire et un psychanalyste, et navigue à perpétuité entre les écueils du large et les récifs de l'intime.

Posté par marc_villemain à 11:47 - Ce qui me domine - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Après la pluie vient le beau temps...puis l'orage!

Flash pub!

"L'art qui m’est contemporain, par son abondance compulsive, ne rend plus compte du monde, des idées, des gens, de la vie, ni de l'histoire, mais de leur imaginaire collectif, sournoisement programmatique et médiatisé. De façon inintentionnelle, en apparence, ou en tout cas, de façon consciente et hypocrite, mi-pute mi-soumise quoi ! Ca me lasse un peu d'insister, de m'acharner sur les formulations diverses et variées de cette réalité. Mais paradoxalement, ça me fait du bien. Et ça peut vous en faire aussi. Longtemps je me suis demandée pourquoi.
C'est marrant quand je vous écris, mon Roman, je suis profondément malhonnête : je dois laisser à vos narrateurs, à vos personnages, l'étendue inextinguible et impuissante de leur souffrance, à mesure que leur auteure, votre auteure, en écrivant, se soulage de la sienne, devenue la leur dans l'instant jouissif de votre écriture, puis la récupère dans l'hypernormalité variée du dehors…

…De ce dehors qui vous referme, ce dehors qu'on met partout dedans, sauf là où il faudrait. Où il aurait fallu, car il est peut-être déjà trop tard. Mais paradoxalement, j'y crois encore, sinon j'arrêterai de vous écrire. Et pourtant…Se faire du bien, vous en faire, ça va deux minutes, mais ça me fatigue bien plus que de rien foutre. Et quand je vous écris pas, que je me donne l'illusion de ne rien foutre par orgueil d'auteure, je redoute cette pulsion de votre écriture, qui me fera regretter l'ivresse du néant qui l'a par ailleurs motivée, ma pulsion de vous écrire, la votre d’être écrit, de toujours être…mon Pikachu…Non, « mon Roman »…pardonne-moi…pardonnez-moi. Pulsion raisonnée, mais encore coupable. Longtemps je me suis demandée pourquoi. J'aurais préféré ne pas avoir à vous emmerder, vous et quelques autres, mais je n'aurais pas aimé cette vie abstraite. Je me complais dans mes souffrances trop réelles, dans le bonheur que m'offre leur conjuration imaginaire.

Mon Roman, vous êtes dialectique, mais vous serez aporétique : qu'on vous lise ou pas, qu’on vous aime ou pas, vous donnera raison et tort. Tout ou rien, mais aussi tout et rien. On me dirait à votre sujet que la dictature de la raison reste une dictature. Bien pire que la dictature médiatique SUR la raison, qui elle a une légitimité populaire, dans le REEL. Alors que non, ma dictature, votre dictature, je l'inscris et l’enferme en vous, mon Roman, dans cette littérature à laquelle vous vous fichez bien d’appartenir, aux points de suspension où vous en êtes réduit...J'aimerais que vous serviez dans l'hypernormalité de notre vie, qui n’est plus que la mienne quand vous me laissez. Mais vous seriez perçu comme une injonction dans ce réel. Ce que vous n'êtes pas, dans votre réalité à vous, qui n’est que la vôtre quand je détache votre laisse : une confrontation avec les lecteurs d'époque, et des époques d'après. Vous ne leur imposez rien, vous leur proposez. Et ces lecteurs, disposent ;) et m’indisposent. Cette idée devrait me plaire, et me suffire. Mais elle ne suffit qu’à vous. Si, ça vous plaît…terriblement."

in Récit d'un écrit vain, de Michael Flame! (à paraître en 2008)

Au fait chers lecteurs, nous recherchons, Marc et moi-même, quelques coéquipiers pour un projet prometteur, cohérent et moderne, sur le net. En priorité, quelqu'un ayant des compétences managoriales, et quelqu'un pour l'informatique, pour ce qui est du financement du projet, et de sa mise en ligne. N'hésitez pas à nous tenir informés de votre intérêt, c'est urgent! Notre survie en dépend! Celle du monde aussi! lol

A bientôt Marc, et bonne navigation d'ici là (aidez-moi putain!...) ;)

Météorologiquement,

Michael Flame

http://fr.youtube.com/watch?v=Io2Z_0m_fNY

Posté par Michael Flame, mardi 6 mai 2008 à 23:36

In and Out

Cher Marc,
J'ai lu votre post à plusieurs reprises, sans doute parce qu'il m'oblige à me poser trop de questions et que je ne trouve pas réellement les réponses.
Une neutralité salvatrice pourrait me sortir de l'ornière, mais de manière passagère.
J'ai pris une feuille blanche pour y écrire "vampire" et "psychanalyste". Bien que naviguant entre les écueils et les récifs que vous décrivez, j'ai doublé la cadence des mes lectures, sans doute inquiète à l'idée de puiser les forces vitales de ce---ceux qui me font écrire et de poser des mots avec la bienveillance et le détachement du thérapeute. C'était là mon in and out du moment allant jusqu'à prendre la liberté de considérer mes écrits, sinon vains, du moins hybrides.
Les deux mots de la page blanche sont toujours là, mis en isolement (provisoire) et remplacés par les touches (noires et blanches) de la 3ème Consolation de F. Liszt, un autre in and out qui ignore le prétexte.

Posté par françoise b, jeudi 8 mai 2008 à 22:51

No comment. Juste une info : J'ai mis votre lien sur mon blog. Sans nouvelles de votre part, je considère que vous êtes d'accord. Si non, faites le moi savoir.Merci.
Constance

Posté par Constance, vendredi 9 mai 2008 à 22:03

In & Out and Comment!

Bonsoir Constance,

Je me permets de faire découvrir ici un de vos écrits, découvert sur votre blog, là-bas. Une sorte de "parure" que Maupassant n'aurait peut-être pas renié. Veuillez prévenir Marc si ça vous ennuie!

"mercredi 23 avril 2008

Portrait

C’était une vraie rencontre, un coup de foudre en quelque sorte.

Cette grande pièce blanche, le sol en carrelages à grands damiers noirs et blancs lui rappelait la maison de sa grand-mère.

La petite fenêtre aux barreaux torsadés, laissait entrer les premières lueurs du jour.
La grande baignoire sur pieds représentait pour elle le sommet du luxe, toujours elle en avait rêvé sans oser l’espérer et voilà que dans cette petite ville de province, au rez de cette maison bourgeoise, dans ce minuscule appartement, elle découvrait, à porté de main, une salle de bain digne de la plus grande des grandes dames des romans qu’elle lisait.

Le reste de l’appartement lui importait peu, elle s’en accommoderait.

Elle commença par décrocher le petit miroir à 3 faces, suspendu par une chaînette au dessus du lavabo et le rangeât dans un tiroir. Fit un jupon de dentelle au tabouret, un rideau et un dessus de table assortis dans un rose à la fois doux et apaisant. Elle disposa joliment sa brosse au manche de nacre, sa collection d’échantillons de parfums, une boite fleurie de lingettes en papier.

Tous les matins, elle coulait un bain adouci d’une huile de pêche. Après une toilette minutieuse, elle frottait vigoureusement son corps d’une eau de lavande de la région, brossait ses cheveux et enfin, sortait, avec mille précautions, la houppette et la poudre de riz luxueuses de leur boite enrubannée.
La cérémonie pouvait commencer.

Tel un nuage, un flocon, par petits tapotements, en fermant les yeux, elle déposait la précieuse poudre sur la peau douce de son visage, ses épaules et la naissance du décolleté.

Ensuite, elle massait longuement ses pieds qu’elle jugeait d’une rare beauté. Petits et cambrés, d’une peau lisse et claire, des pieds à fouler les plus beaux tapis d’Orient et les salons les plus réputés. Elle s’appliquait à repeindre ses ongles avec soins, d’un vernis rouge éclatant, chaque jour étonnée, que de si précieux petits coquillages aient pu trouver place à l’extrême limite de ce corps si lourd et disgracieux.

Elle passait ensuite, indifférente, dans la pièce d’à côté pour enfiler les vêtements ternes et mal coupés, qu’elle changeait rarement. Ramassait sur le sol un sac fatigué et prenait le chemin du musée où sa blouse de toile grise et sa chaise l’attendaient.

Jamais femme ne fût si peu regardée.

Chaque jour passaient devant elle les touristes absorbés par les tableaux exposés. C’est à peine s’ils remarquaient un léger parfum désuet de poudre de riz, rehaussé de lavande et d’amande douce."

J'ai bien sûr eu le bon goût d'en disposer, via un commentaire, que j'ai voulu moins insignifiant que ceux qui précédaient! lol (Pour qui se prend-il?)

"Bonsoir Mademoiselle,

Les photos je m'en fous. Par contre, très joli texte, triste réflexion, sur le décalage mot/référent, la transcendance de l'écriture, la transcendance qu'on se donne, qu'on donne à ce qu'on (d)écrit, et qui échappe en vrai, voire indiffère. Comme on dit, le mot "chien" ne mord pas. J'avoue j'ai bandé, c'est sobre et sensuel, tarabiscoté dans sa cérémonie mentale, et la fin, cette femme finie, dont le narrateur prend en charge les illusions, cette fin m'a presque fait bondir. Presque, car on la devine, elle est déjà là, dans votre style. Pour ca, bravo ;) Bonne continuation également Mademoiselle.

Vraiment,

Michael Flame
09 mai, 2008 23:08"

Bonne soirée à toutes et tous!

Métempsycotiquement,

MF

http://fr.youtube.com/watch?v=FUvypTZKC44

Posté par Michael Flame, vendredi 9 mai 2008 à 23:25

Surprise et heureuse. Merci.

Posté par Constance, vendredi 16 mai 2008 à 07:32

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