dimanche 20 septembre 2009
Encore elle ?!
Incidemment, ici, Géraldine Bouvier reprend du service. Et qu'on n'en parle plus !
mercredi 22 juillet 2009
L'étrange questionnaire
Eric Poindron a eu la gentillesse de me convier à répondre à son fameux et Etrange questionnaire. Si vous voulez en savoir un peu plus, allez donc faire un tour ici , chez lui...
vendredi 24 avril 2009
En passant devant...
Il faisait son Figaro en terrasse du Flore et s'en prenait au Monde à celle des Démagos.
jeudi 8 janvier 2009
Où vont les gens ?
Je regarde passer les avions, de la fenêtre de mon bureau : à l'instant, il en est trois qui viennent de croiser leurs fumées. Mystère des visions et autres réminiscences qui s'inscrivent en nous, j'ai cru, une seconde, que l'un d'entre eux se dirigeait droit sur la tour Montparnasse. L'illusion optique évanouie, les avions ont passé leur chemin, estompant derrière eux une traînée de poudre blanche dans le ciel obstinément froid et bleu. A l'intérieur, des gens, plein de gens, qui ont une autre vie que la mienne et qui, à cet instant précis, s'arrachent à la Terre. Je suis là, moi, bien assis, calé dans mon fauteuil, le regard tourné vers la fenêtre haute ; eux se détachent de ce qui pèse ici-bas, apesanteur. Le spectacle des avions dans le ciel me donne toujours l'impression que les gens fuient vers un avant irréversible. Je suis sûr que beaucoup y trouvent un plaisir assez trouble, mâtiné d'excitation pour le lointain et d'angoisse pour une origine dont rien ne dit qu'ils la retrouveront. Où vont tous ces gens, que vont-ils faire là-bas qu'ils ne peuvent ici, quelle affaire à conclure, quel espace, quel royaume à découvrir, quelle routine ou quelle improbable histoire à vivre ? Regarder voler les avions, ça donne des idées.
vendredi 7 novembre 2008
Ecrire, dit-il
J'ai consacré un petit essai, que je n'ai pour le moment pas publié, à essayer de comprendre sur ce qui pouvait pousser un type dans mon espèce à passer quelques heures quotidiennes devant un bureau et essayer d'y écrire - ce blog, des articles, des critiques, des livres. Bien sûr, à l'origine, les choses sont complexes, travaillées, taraudées, bigarrées, et elles le sont sans aucun doute pour tout écrivain : quelques bonnes raisons, quelques mauvaises, en proportions peu ou prou égales. Dorénavant, et exceptés ces moments, trop rares il faut bien le dire, où l'écriture fait écho, où à un style semblent coïncider une pensée ou un désir, où l'on se prend, finalement, au jeu de l'euphorie de soi-même, dorénavant, disais-je, je sais bien pourquoi j'écris : j'écris pour elle.
jeudi 17 juillet 2008
Nos amis les nuages
Par la fenêtre les nuages se poussent au cul comme des gros veaux marins, lourds lents et fastidieux. Ils avancent s'empilent et s'incorporent dans la plus grande indifférence pour la beauté de leurs formes, et finissent en un agrégat obèse et compact. Ce peuple étrange, moutonnier, qui se soucie d'être dans le vent et caresse les arbres dans le sens de leurs feuilles, a pourtant quelque chose qui nous ressemble.
jeudi 10 juillet 2008
Chimère
D'où vient ce désir, soucieux et constant, de coller à son temps ? D'où vient que les humains éprouvent toujours le besoin de se distinguer de leur propre passé, non pour ressembler à ce que l'humanité pourrait être demain, mais pour se confondre avec ses manifestations du jour ? D'un côté, l'on se vante d'être moderne en oubliant machinalement ce qui fut et en lui lançant à l'occasion quelque œillade de commisération, de l'autre on se heurte à cette étroitesse d'esprit congénitale qui nous empêche de voir plus loin que le bout de nos jours. Aussi les vraies "avant-garde" ne le sont qu'à leur insu. Elles ne sont pas représentées par ceux qui scrutent l'avenir et tente de s'en approprier ce qui pourrait être les tics ou les oripeaux, mais par ceux qui embrassent les trois dimensions du temps au point même que le temps n'a plus prise sur eux. La modernité d'apparat semble avoir trouvé sa résolution dans la manifestation de ses formes - un langage, une vie sociale, un code, un accoutrement : c'est pourquoi toute mode est ringarde par essence, et pourquoi toute nouveauté tue ce qui pourrait être nouveau en elle dans l'instant même où elle s'annonce comme telle. C'est pourquoi aussi l'amour de la part sacrée de l'art ne fait plus guère recette que chez quelques fossiles et qu'il a cédé sa place à la revendication du plaisir de la reconnaissance et de l'identification : l'art, pour trouver son public, doit finalement lui ressembler, se confondre, ici et maintenant, avec ce que nous semblons ou croyons être. C'est pourquoi enfin nous pouvons faire preuve d'un optimisme suspicieux : ce que nous pensons être n'étant jamais ce que nous sommes, les œuvres et manifestations de l'art, autant que ses publics, demeurent imprévisibles.
jeudi 18 octobre 2007
Bloggeurs de tous les pays...
Je ne prends pour ainsi dire jamais part aux innombrables discussions qui enfument Internet et les blogs. Mais je ne peux pas non plus m'empêcher d'éprouver quelque vertige devant l'infinie déperdition du verbe, de la parole et de l'intelligence que manifeste la blogosphère, vertige d'autant plus grand que rien ne semble être en mesure de lui donner sens, tout comme il semble impossible de ramasser cette palabre mondiale, de la quantifier, de la mémoriser, de la qualifier même, tant elle est par nature rétive à toute synthèse et à toute projection collective. Et encore ne m'intéressé-je guère qu'aux blogs qui soulignent leur proximité avec la littérature ou ses abords, même lointains. Aussi est-ce bien le triomphe d'une certaine forme d'individualisme que vient couronner l'explosion de cette bulle discursive, laquelle n'est d'ailleurs pas sans bousculer quelques-unes des habitudes démocratiques les plus ancrées - et pour partie les plus justifiées. Cette dimension démocratique est d'ailleurs intéressante à examiner, tant c'est en son nom que la quasi-totalité des bloggeurs revendiquent leur libre expression ; dimension au demeurant assez sommaire, et qui pourrait aisément se résumer de la sorte : je dis ce que je veux - digne héritier du Do it ! publicitaire.
La génération qui aura eu accès aux blogs, dont le gros des utilisateurs semble se situer dans la tranche des 20/35 ans, a derrière elle l'histoire de l'humanité démocratique ; on sait d'ailleurs quel prix durent payer ceux qui œuvrèrent à son advenue - pour ne rien dire du lourd tribut que d'aucuns continuent de lui payer dans maintes régions du globe. Or ce qui me frappe, certes de manière extrêmement immédiate et sensitive, lorsque je circule entre les blogs, voire sur les grands forums nationaux, c'est la rage qui les baigne, pour ne pas dire la haine dans laquelle beaucoup semblent aimer se défigurer. La haine, non de l'autre en soi, non de l'autre en tant qu'être de chair, mais de l'autre en tant qu'il déploie une pensée (disons plutôt une opinion...) pas même contraire, mais simplement différente. Et il n'est pas anodin de signaler que certains blogs parmi les plus intéressants, érudits, rédigés parfois dans une langue volontiers recherchée, attestant pour les meilleurs d'un véritable amour du mot, qui plus est attentifs au moindre détail esthétique, peuvent compter au nombre de ceux qui semblent éprouver avec le plus de bonheur ce sourd plaisir à sombrer, pour certains dans la délation, et pour la plupart dans l'élitisme excommunicateur - lequel n'a donc plus rien de républicain. Aussi le bloggeur d'en face, qui remplit à sa manière l'office du voisin de palier de naguère, en prend-il pour son grade pour un oui ou pour un non, et pour tel ou tel motif qui ferait pisser de rire dans n'importe quelle cour de récréation. Mais le sentiment de se sentir supérieur, plus intelligent, plus brillant, plus pénétrant, conduit tout individu mal ou insuffisamment préparé à l'acceptation de l'autre, et donc aux vertus finales de la démocratie, à faire fuser insultes et anathèmes sur le dissemblable, jusqu'à, finalement, faire abattre sur lui les foudres de sa propre et minuscule Eglise.
Naturellement, les bloggeurs qui s'octroient une quelconque capacité d'analyse socio- ou psychopolitique ne sont pas en reste et, plutôt que de renouveler les principes vivants d'une agora bien ordonnée, sombrent, eux, dans le petit commentaire de la surface des choses - la vie privée du Président, la rumeur des arrières-cuisines, le commentaire de telle ou telle déclaration officielle tronquée etc..., n'ajoutant finalement que leur propre bruit de bloggueurs esseulés au grand bruit de crécelle de l'impraticable monde. Moyennant quoi, ce qui, à bien des égards, pourrait s'avérer réjouissant (la démultiplication de l'expression individuelle, l'augmentation des chances de se faire entendre, la possibilité qui nous est donnée de promouvoir notre art et de lui donner davantage d'écho, l'alimentation d'un échange ou d'un débat qui trouverait davantage de contributeurs de bon niveau, etc...) vient à se dégrader en une sorte d'arène sans foi ni loi, voire de prétoire où chaque orateur serait au fond condamné à n'être que le greffier de son propre discours. A cette aune, je ne suis pas certain que, non seulement la démocratie (dont il est vrai, certes, qu'elle n'a pas attendu l'apparition du grand barnum blogoprolixe pour s'affaisser d'elle-même comme une grande), mais l'individu lui-même (entendez sa quête de vérité intime, d'un épanouissement qui le grandisse, d'un apprentissage dont il sorte vainqueur au profit de tous), sortent grands gagnants de ce qui fut ou demeure considéré comme un progrès pour tous.
A certains égards, l'on peut même parfois considérer que la teneur des échanges sur la blogosphère ne fait que donner raison aux principes ultra-individualistes qui ont donné naissance aux reality show ou à la télévision de proximité : ici comme là-bas existe une prime à la violence et à la provocation, et les blogs les plus renommés sont aussi souvent ceux qui n'hésitent pas, par un calcul qu'ils seraient les premiers à blâmer chez l'homme politique, à se rendre démagogues, outrageants ou sottement injurieux. Cette prime à la provocation existe partout, et est sans doute le signe que les anciennes vertus de la conversation ont été peu ou prou définitivement écartées de la sphère publique. Aussi des personnalités aussi diverses que Eric Naulleau, Michel Polac, Stéphane Pocrain, Isabelle Alonso (je n'ai pas la télévision, j'en oublie évidemment), tous grands pourfendeurs de l'HTSMC (Horrible et Terrifique Système Médiatique Capitaliste), se retrouvent-ils chroniqueurs attitrés, plaisants, conviviaux et sacripants, sur les plateaux spectaculaires de la télévision de distraction. Sans, bien sûr, que nul ne sache ou ne puisse nous expliquer en quoi la qualité du débat démocratique (et subsidiairement du service public télévisuel) y ont gagné.
Encore jeune, je n'en ai pas moins connu de très près la naissance des radios libres. Tous ceux qui ont pratiqué ce média naissant, en ces années quatre-vingt bénies, se souviennent de la population qui œuvrait dans des studios de fortune où le CD n'existait pas et où l'animateur d'une émission était aussi celui qui en réalisait la partie technique - quand il n'allait pas lui-même démarcher les commerçants pour que la station puisse continuer d'émettre. Tous ceux, moi compris, qui plongèrent dans cette aventure dont on a (déjà) oublié combien elle a révolutionné les structures médiatiques, se souviennent de ces personnages étranges qui faisaient vivre les radios, et souvent leur donnaient une âme. Je me souviens que celle où je travaillais (bénévolement, cela va de soi, mais jusqu'à vingt ou trente heures par semaine) accueillait aussi bien un bègue (qui animait tout de même l'intégralité des émissions d'information de la station), un schizophrène patenté, une caissière de grande surface qui arrondissait ses fins de journées dans son lit, un immigré portugais qui n'avait pas même de quoi s'habiller et manger correctement, un banquier homosexuel qui était la risée de la commune, un débile mental léger dont les troubles d'élocution ne pouvaient échapper à aucun auditeur, un aveugle qui, nonobstant son chien, faisait régulièrement tomber platines et micros, quelques punks dont les rats quittaient souvent l'épaule pour s'en aller ronger la moquette du studio et souvent les derniers quarante-cinq tours achetés en urgence à Carrefour en vue du Top 50 du soir, un ancien flic tombé en dépression et finalement converti au chichon, pour ne rien dire de ma petite personne, généralement affublée de bas résilles en guise de chemise, bardé de clous et n'ayant pour Bible que le dernier album de Metallica. Eh bien tous ces gens, j'ai un peu l'impression de les retrouver sur la blogosphère, et cette petit madeleine inattendue n'est pas pour rien dans mon plaisir - quitte, donc, à ce que la mélancolie m'étreigne lorsque, brutalement, j'éprouve les limites intellectuelles et, disons-le, civilisationnelles, du genre.
vendredi 29 juin 2007
Le visage du destin
Il se réveille le matin le visage en chiffon, la peau bouillie par le mauvais sommeil, le vin les cigarettes et l'angoisse, il sait que sa laideur n'a de momentanée que son exagération, qu'elle en conspire de plus enfoncées et cruelles encore. Qu'elle n'est que prophétique.
jeudi 30 novembre 2006
Le pire d'entre nous
Il n'y a rien à faire d'autre que de retomber sur l'intarissable poncif - que son mauvais air de certitude ne fait pas moins juste : l'écrivain est un être seul. Le pire d'entre nous, celui, cynique, qui ne regarde plus le monde et les hommes que comme une seule et même occasion d'en tirer une bonne histoire, celui qui s'assure de sa cote dans les pince-fesses où il s'incruste parfois avec l'allure de celui qui maugrée, celui qui ne disserte plus sur la vertu que pour mieux s'en émanciper lorsqu'il s'agit de faire les comptes, celui qui vise le sujet qui vendra le plus quand c'est celui qui lui ressemblera le moins, celui qui traque, fouille, pille les autres, en arguant de sa bonne foi et en s'offusquant de la suspiscion générale, celui dont le moteur intime ne s'allume et ne s'attise plus qu'au contact de l'épée, de la hargne jalouse ou de l'échec rédempteur, celui qui ne lit plus les siens que pour s'assurer qu'il est bien le meilleur d'entre eux, ou pour vérifier que l'autre est toujours décevant, celui-là, cet écrivain-là, aussi mort sera-t-il au miroir de l'humanité, n'en sera pas moins seul devant son écriture. Cette solitude, davantage que son dernier repère, est, sera, son dernier territoire, rabougri peut-être, pathétique si vous voulez, misérable et vain sans doute, mais son dernier territoire tout de même, là où il habitera en conscience les ultimes parcelles son humanité. Dans ce moment, ce monde qu'il voue aux gémonies et auquel il aspire pourtant avec la même et enthousiaste verdeur que le puceau devant l'objet le plus indécent et le plus incandescent de son désir, ce monde ne sera plus rien : il se résumera au micro-périmètre du bureau, du stylo et du cerveau. Et rien ne pourra l'en faire partir. Fors l'amour.

