- Marc Villemain -

Cyclothymies, fluctuations, paradoxes et autres angoisses...

mercredi 27 septembre 2006

Aux nouveaux arrivants...

Page_blancheMa défiance quasi instinctive à l'égard des nouveaux moyens mis à la disposition des humains afin qu'ils communiquent davantage (communiquer quoi ? à qui ? pourquoi ?) n'a d'égal que mon attrait pour des technologies qui, outre leur plastique flatteuse, semblent accroître la liberté individuelle - ou le sentiment de cette liberté, ce qui, après tout, revient peut-être au même. Ceci explique sans doute le léger temps de retard qui caractérise toujours chez moi l'acquisition de la nouveauté : je me suis mis au téléphone portable quand l'objet courait déjà les rues, j'ai ouvert un site Internet personnel quand tant d'autres écrivains en possédaient déjà ; et j'ouvre ce blog, donc, quand des gamins encore en âge de jouer aux billes butinent allègrement sur la toile comme s'ils y étaient nés.

Peut-être d'ailleurs ne serai-je absolument pas assidu, et l'idée de ce blog disparaîtra-t-elle aussi vite qu'elle m'est venue. Toutefois, l'une des principales raisons qui me conduisent ici peut sembler suffisamment forte pour en attendre une certaine pérénnité. Mon travail d'écriture est en effet principalement romanesque ; or l'exigence du roman n'autorise aucune confusion avec les humeurs (nécessairement volatiles) de son auteur. En s'embarquant dans la rédaction d'un roman, on sait qu'on en prend pour longtemps. Le blog permettrait donc d'évacuer lesdites humeurs volatiles, les opinions, les mouvements intempestifs, les gaietés ponctuelles ou les lassitudes, petites ou grandes, inhérentes à toute existence, bref tout ce qui n'appartient pas et ne doit pas appartenir au roman.

Et puis, bien sûr, le blog possède l'attrait de tout journal - intime ou pas : il permet de conserver un état. Qu'étions-nous hier ? avant-hier ? il y a un an ? dix ans ? Le blog agirait donc comme un processus d'archivage de sa propre existence - mais attention : qui dit archivage dit sélectivité, tri, reniements, jeu, mensonges et vraix-faux dévoilements. Un archivage raisonné, donc, qui ne saurait en aucun cas épuiser l'existence, mais qui en reflèterait et en conserverait certains états.

Pourquoi, alors, ne pas se contenter d'un cahier et d'un crayon ? Sans doute, et l'on revient ici aux règles du roman, parce que la question de l'auteur, du narrateur et de l'interlocuteur n'en finit pas de se poser. Ecrivant, naguère, dans mon journal "intime", je n'avais d'autre interlocuteur que moi-même - d'où une bouillie, le plus souvent épaisse et franchement mensongère ; le blog pourrait donc bien être un anti-journal, la présence possible d'un lecteur inconnu rendant insupportable, interdisant, même, la tentation de l'exutoire.

Posté par marc_villemain à 01:01 - Première visite ? - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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