mercredi 14 mai 2008
Syllogismes de l'hébétude
- Quel animal aimeriez-vous être ?
- Sans doute quelque chose entre le chimpanzé et le bonobo. Malheureusement, ça s'appelle un homme.
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- (Bis) Quel animal aimeriez-vous être ?
- Peut-être un bigorneau. Arrimé à mon rocher et pelotonné en spirale dans ma coquille, je jetterais un œil au dehors par moments très brefs en soulevant le petit opercule qui me protège des embruns, désireux seulement d'attendre que l'on me pique et me dévore gentiment.
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Nous autres ? Corps et humeurs, société et psychologie. Ces choses les moins intéressantes au monde, et qui le font tenir.
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Tout écrivain l'éprouve : le sentiment de sa profonde bêtise lorsqu'il parle, son impression d'incomparable intelligence dès qu'il se met à gribouiller. On pardonne d'autant mieux aux grands silencieux : ils ne mettent pas une stratégie à l'épreuve, ils se soumettent, pour survivre, à la rude et aigre vérité.
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Tout individu a devant lui deux voies : faire le vide ou le trop-plein. Pour une très grande part, il n'est pas responsable de son choix ; pour ce qui lui revient, et c'est fort congru, ce ne sont que les variantes d'un même cheminement vers l'impossible, deux modes d'accès à l'erreur. Il faut avoir éprouvé les deux pour le savoir. Parole de bigorneau.
Commentaires
De l'abrutissement...
Un bigorneau... l'image pourrait bien ressembler à ce que vous écrivez, ici et là. Mais je fais le lien avec le mot "mollusque" (dans tous les sens du terme) et ceci ne vous correspond pas du tout.
Quel animal aimeriez-vous être ?
J'aimerais du 3 en 1 : le tigre parce qu'il est nocturne et que sa vision est étonnante, le chat noir de Boulgakov et le dauphin pour ce que vous savez.
Peut-être y aurait-il alors une possibilité de sortir des deux modes d'accès à l'erreur. Quant à l'aigre et rude vérité, je la conçois mais ne veux pas m'y soumettre.
Maxime pour me sentir intelligent
Un bon écrivain, c’est quelqu’un qui se compare à soi. Au moins à ça, à soi.
Pour ce qui est des Mollusques, vous vous trompez chère Françoise. Ce sont des animaux tout à fait intéressants, possédant un plan d'organisation original, défiant les lois de la symétrie, et une biologie non moins poétique que celle de nos amis félins. Et puis les bigorneaux, ça se mange sans fin, avec un peu de sel et de poivre, après une bonne cueillette où ils offrent leur solitude au promeneur occupant la sienne avec savoir-vivre, loin de la foule, de la monnaie, du pouvoir d'achat, des marées du marché. Attention toutefois, épargner les tout petits, et les gris à bords arrondis. ;) Bonne journée à toutes et tous.
Humainement,
MF
je vous avais perdu de vue, mais je vous retrouve... bonobo...
Tir groupé...
- Françoise. Nul ne veut s'y soumettre, sans doute, mais n'est-ce pas la vérité qui nous soumet ? Enfin, pourquoi ce titre : "De l'abrutissement..." ?
- Flame. Parfait pour la définition de l'écrivain ; ça me va, et je prends. Je jetterai désormais un œil miséricordieux sur les bigorneaux.
- Rose. Nous vous avions tous perdue de vue : c'est votre blog qui prit le large. J'ai bien noté le nouveau. PS : Je ne suis encore bonobo, c'est un long procès...
A Michael Flame
"Pour ce qui est des Mollusques, vous vous trompez chère Françoise." : je ne cherchais ni le vrai, ni le faux, c'était une hypothèse, une impression. Je m'en remets à votre jugement...
Vous qui aimez les tubes à you, je vous offre le final du Carnaval des animaux :
http://www.youtube.com/watch?v=wwih6X0_9Nk&feature=related
Lol de la bonne humeur collective
Non non Marc...du BON écrivain, ai-je sobrement mais sûrement précisé. Ne soyez pas coquet ;)
Une maxime sur les écrivains en général, je dirais un truc du genre : Un écrivain, c’est quelqu’un qui préfère l’imaginaire au réel quand il écrit, et l'inverse quand il écrit pas. Un grand écrivain, c’est celui qui préfère le réel à l’imaginaire, et qui en souffre. Il le préfère tellement, qu’il l’écrit rarement. Mais quand il s'y met, attention! Ses secondes et ses heures durent toujours.
Au fait, votre bouquin sur Levy est apparemment en rupture (site fnac). Vous me l'offrez? Les autres c'est bon, je les lirai cet été en picorant quelques bigorneaux (et soyons fous, quelques bulots avec Boulgakov, dont je ne connais que la "garde blanche")
A bientôt Marc (et aidez-moi pitié!! Je veux ma revue!! Je veux du pognon!! lol) et bisous à ma belle Françoise.
Malacologiquement,
MF
PS : enchantée chère Rose, voulez-vous être ma Dian Fossey? ;)
http://fr.youtube.com/watch?v=9oUOq3TutBE
A Marc
A lire "hébétude" je lisais "abrutissement"...
"La vérité nous soumet" : je capitule et me rends à l'évidence.
Kind of blue - Miles Davis
Toutes les pièces de l'album, hormis un morceau, ont été enregistrées avec une seule prise...
http://fr.youtube.com/watch?v=DEC8nqT6Rrk
A Françoise Bachmann
Merci pour Saint Saens ma chère, ça me caresse ;) J'ai eu son arrière petite-fille comme prof de musique, c'était en 5ième ou 4ième. Elle était complètement barrée avec sa flûte à bec et son piano. Les autres profs de musique nous faisaient "les Béatleus" ou "Schubert", des trucs assez connus et intéressants quoi, on se marrait bien. Elle, arrière petite-fille de Camille Saint-Saens ("bonzour les petits! Je vais vous faire écouter, exeptionnellement, une musique presque aussi bonne que la mienne. 30 petites secondes, c'est tout, je veux pas vous embêter......voilà, et ben, c'était mon arrière, arrière...euh attendez...arrière, oui c'est ça : mon arrière arrière grand-père! Trop cool hein?" bzzzzzzz) et ben elle, elle nous a soulé toute une année avec ses compositions abrutissantes pour le coup, des chansons de maternelle quoi "patachou le chat", je sais plus comment y s'appelait son con de chat! lol Voilà, merci pour le souvenir donc ;) C'est ma période nostalgie en ce moment, avec facebook et vous.
Autobiographiquement,
MF
c ki Michael Flame? car je dois bien être la grande écrit vaine dont il parle (celle qui préfère le réel à l'imaginaire et qui en souffre) merci de votre compassion
Marc Villemain: pas dur d'être bonobo, si vous voulez je vous donne des leçons
ah ça fait plaisir de revenir ici pour donner des leçons!
Je ne suis rien. Je suis...Dracula!
Bonjour Rose,
Je suis un syncrétisme entre ce que j'aurai écrit de mon vivant, et ce qu'on pensera de moi. Entre Ricoeur, Rimbaud, Proust, Woolf, Houellebecq, Yourcenar, les femmes que j'ai aimées, les hommes dont elles ont rêvé, ce qui dégoûte les gens de mon temps, qui les fascine, les, ce qui façonne le Temps monumental, et le vide "spatial" qui est la limite de tout, de la matière, des questions sans réponses, des rêves, des illuminations autant que des atomes. J'y travaille en tout cas, et tout ça pour une chose une seule, de mon vivant : le pognon! lol
Flash pub!
"Bonsoir Paula!
J'étais entrain de me faire une bonne platée de pâtes devant la téloche pour ma part (je sais, t'es jalouse!). Alors, je commence où? Par le meilleur? J'hésite alors : tu préfères apprendre d'abord l'origine de ma vocation naissante pour l'écriture, ou apprendre que, parmi mes quelques retrouvailles, ma plus belle surprise c'est toi? Pour l'écriture, ta question me taraude aussi, elle n'est pas simple à formaliser, bien que passionnante. Ce serait une banalité que de te dire que l'écriture, quand on la sent couler en soi, c'est comme du sang, c'est comme la vie. Métaphore archiusitée, mais ô combien vrai. La vie est une passion, et une passion c'est ambivalent : on passe par le bonheur, une foi profonde et optimiste, des déceptions, désillusions, et de la haine. Ca n'est jamais banal, et l'écriture, ca s'apprend comme la vie : en la vivant. Comme disait Yourcenar, on arrive vierge à tous les évènements de la vie. Et ce dépucelage de l'âme, lorsqu'on écrit, ou quand on lit, c'est une drogue dangereuse, et une expérience difficilement partageable, comme j'en atteste ici! lol Tu sais, Rimbaud disait très bien cela en écrivant ses fameuses "lettres dites du voyant", dans sa jeunesse révoltée (il écrira d'ailleurs toute son oeuvre durant cette période des 16-18 ans). Pour lui, la plupart des auteurs faisaient des banalités, car reproduisaient les classiques antiques "c'est pour eux". Et il a développé, dans cette insolence d'une simple lettre qu'il ne destinait à aucune postérité ou quoi, il a développé l'horizon ultime des grands romantiques qui l'ont précédé dans le siècle, et que les surréalistes devaient lui reprendre bien après sa mort. Il a développé un projet, avorté ou non (le débat reste ouvert et nombreux ne se lassent encore pas de répondre à ta question à travers lui, en lui cherchant des poux!), d'une extrême ambition littéraire, éthique, et esthétique. Il disait que fallait fondre dans l'expérience de l'écriture les épreuves indicibles de l'âme, des tripes, tu vois là Paula, bien au fond, et cracher ça, l'écrire, se faire mal, y rester et en crever s'il le faut, mais quoiqu'il arrive "épuiser en soi tous les poisons" avant que d'écrire. Quand on revient de ces "mondes là", à quand bien même on craint d'avoir oublié ce qu'on y a vu, et bien "on a vu!" lol Alors pour en revenir à moi et à ta question, déjà je m'inscris, sans l'avoir voulu, dans cette histoire littéraire là, dans certaines grandes figures pour lesquelles je nourris, au même titre que Rimbaud lorsqu'ils parlent des illustres qui l'ont précédé, une passion proprement ambivalente. Car on les admire et on les jalouse, on voudrait faire mieux, sans jamais les rendre nuls, car nous aussi alors, peut-être, un jour on serait nuls, désuets. La littérature, c'est un pouvoir sans pouvoir comme j’ai pu l’apercevoir dans ton bouquin vite fait. C'est juste des mots écrits, mais ça reste. On a rien de trouver de mieux, et de plus résistant. Et c'est tellement fragile en même temps. Nous deux, on apprend à se connaître, des horizons se déploient entre nous au-delà des convenances sociales qui nous interdisent de les suggérer trop vite ou n'importe comment, et ca s'inscrit présicément maintenant dans des mots, et ça restera! Qu'on s'aime, qu'on se déteste, qu'on se plaise ou non physiquement, qu'on ait des enfants, qu'ils meurent avant ou après nous, qu'on n'en ait pas mais qu'on se revoit dans 20 ans pour être amants, tout ça on n'a pas besoin d'attendre de le vivre quand on l'écrit : ca y est. Y a que nos corps que ça ne satisfait jamais, on oublie ces mots une fois lus et relus, et on va baiser à droite à gauche, aimer, détester, et on se dit que les mots, merde, c'est que des mots. Et un jour, on les relit. Tu vois moi j'étais très intérieur jusqu'en troisième, après je me suis lâché, j'étais moins timide, j'ai eu des influences aussi ciné, avec De Niro dans New York New York par exemple! car j'ai pas eu de père, et je faisais le con avec les potes, ils le faisaient aussi. J'avais simplement conscience que tout cela était éphémère, d'où un certain tempérament cyclothymique, que je ne résorbais que dans une recherche de plus en plus affinée de ce que pouvait être le bonheur. Et mes plus grandes joies au bahut, c'était pas les potes, c'était pas les amourettes, ni rien, c'était quand je lisais en cours mes rédac à une prof de lettres en seconde que j'aimais beaucoup, et qui m'a invité à lire Rimbaud à la fin d'un cours. Elle m'a dit "le style fait l'homme, et vous en avez beaucoup. Continuez". Et ça, même si j'ai plus les copies en question, j'ai gardé en moi l'essence du style qui les caractérisait. Car j'ai compris qu'on n'écrivait jamais aussi bien et aussi vrai, que comme maintenant, sans trop se relire, en laissant couler ça, avec presque indifférence, comme la vie qui passe et qui continuera après nous, comme elle nous a précédé, avec indifférence. La passion, c'est juste faire l'expérience du temps qui jouit, c'est un concept un peu complexe, mais tu l'as sûrement éprouvé, vu ton enthousiasme à me lire, vu ce qui émane de ce que je lis de toi. Le temps jouit parfois, dans un espace indéfinissable qui n'appartient qu'à lui, et quand t'es "là", ça se fait en toi. Je sais pas moi : te faire réveiller en pleine nuit, sentir un homme qui te désire, qui te veut, te laisser faire, et sortir peu à peu de ta torpeur pour te laisser griser par l'ennivrante étreinte, et te rendormir après. Ce genre de moments quoi. Des fois c'est des petits riens, comme dans ma confession : cette prof qui suçait son pouce en écoutant une élève lire un passage de Madame Bovary, son regard sur le poly, sur le corps des mots, l'univers fictionnel dedans, cette femme qui attendait un prince charmant qu'elle scrutait à sa fenêtre. La voir sucer son pouce en observant cette femme en elle, en elle et sur le papier, j'étais hypnotisé quoi. Et tu vois les autres, tu te dis, tout le monde doit ressentir quelque chose là, tu observes, et non, ils ont l'air de s'en fouttre, et ça te flatte, et ça rajoute du raffinement à la sauvagerie de ton bonheur exclusif. M'imaginer que tu te déchausses sensuellement et nerveusement en lisant ces mots, ça me donnera du bonheur à les relire, ou m'imaginer que tu t'entortilles les cheveux, ou encore, qu'une envie de ne faire qu'un avec cette prof que j'ai désiré, que j'ai décrite avant, t'a motivé presqu'inconsciemment à sucer le bout de ton pouce aussi ;) Peut-être éprouveras-tu au contraire un énervement indicible que j'ai le culot de t'écrire ça. Ca n'est jamais à exclure, et ça m'a appris à aimer dans la littérature, à la fois sa dimension essentiellement érotique (que les textes soient thématiquement sur le "cul" ou sur autre chose), mais aussi ce qui peut déranger en elle. Comprendre pourquoi le génial peut déranger. Pourquoi d'autres appeleront le génial de la merde. Pourquoi tu les niqueras en les inscrivant dans un pamphlet dans ton roman sur l'écrasement ludique des idées par les media, par les gens, par une sociopsychologie des média.
Voilà, pardonne ce roman que je viens de t'improviser rapidos! La question que tu me poses, c'est celle dont on cache toujours la réponse en soi, sauf le temps d'écrire. Sinon on n'écrirait plus. Et j'ai que ça moi. C'est donc aussi, plus pragmatiquement, une manière de substitution. Une vie qui remplace la vie. La virtualité de mon époque ne pouvait pas me désinteresser dans ce que j'écris ;)
Je te souhaite une bonne nuit minette, j'espère infiniment que tu pourras lire ça ce soir, avant de te reposer. Et d'avoir un retour de ta part dès que tu le voudras, fut-ce très bref. Prends soin de toi ;) A bientôt?
Réellement,
Ton pote pour la vie
PS : quand est-ce qu’on se refait une bouffe chez toi ?"
in Récit d'un écrit vain, de Michael Flame! (à paraître en 2008-2009)
http://fr.youtube.com/watch?v=LBqDySNkEo8
Entre mon grand-père, De Niro, Yannick Haenel, Marc Villemain, Bachmann et vous Rose, etc, etc
Marc Villemain : Aidez-moi pour mon site!! lol ;)
Tellement envie d'en lire plus ... Et puis, "Ton pote pour la vie." Avec ça, mon imaginaire est nourri pour un moment.
Patience, chère Constance ;)
Et merci de votre enthousiasme à me lire...Les autres n'auront qu'à trembler! gniarc! Ce roman sera une sorte d'Arche d'Alliance. Je souhaite le finir cet été, ça fait deux ans que j'y suis, sporadiquement. Au plaisir de vous relire également, de vous feuilleter, et de vous rejoindre dans vos rêves, votre baignoire et votre blog, vers l'infini et au-delà! Bonne soirée à toutes et tous.
Aventureusement,
MF
http://fr.youtube.com/watch?v=syGr6UqLmtc&feature=related
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